vendredi 13

Vendredi 13 novembre 2015

Je n’y crois pas au vendredi 13. Ce jour-là j’ai oublié de jouer au loto, je me suis juste assurée qu’un ami partagerait ses gains avec moi. Je n’ai pas su s’il avait gagné.

Ensuite il y eu un match France-Allemagne. 2-0.

Et puis il y a eu l’après match de foot. Propulsés violemment dans une réalité impensable qui se déroulait en direct. Silence et stupéfaction des enfants. A vif et dans le calme, je suis montée coucher Elise et Jonas. Ils n’ont pas beaucoup posé de questions, je ne sais plus ce que je leur ai dit, mais probablement juste que ce qui se passait était absolument terrible, et qu’on en parlerait demain, quand on en saurait plus.

Avec les grands on a regardé les premières images, entendu les premiers commentaires, écouté les premiers discours. Avec mal au ventre, choqués, hébétés, nauséeux.

Nuit quasi blanche à chercher un sens à ce qui n’en a pas. Essayer de réfléchir à des mots à partager avec chacun des enfants, en fonction de leur âge et de leur sensibilité, anticiper leurs questions, essayer de comprendre, ne pas se laisser envahir par l’angoisse et la peur.

Je me suis levée sans avoir les réponses. Il n’y a pas de réponse à l’insensé.  Ils sont les adultes de demain, ceux qui aujourd’hui vivent dans un monde beaucoup plus dur que celui dans lequel j’aurais voulu qu’ils grandissent dans mes rêves les plus fous lorsque j’ai choisi de les faire venir au monde. 

Mais j’ai une furieuse envie: celle de leur faire confiance. Pour aujourd’hui et pour demain. Faire confiance à leur solidarité, faire confiance aux valeurs humaines qui les animent et qui s’affirmeront demain, faire confiance à leur humour, à leur amour de la vie, à leur sens des responsabilités.

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Je n’ai pas d’autre choix. Malgré les crampes d’estomac qui me saisissent régulièrement depuis 48 heures. J’ai conscience que je ne pourrai pas les protéger de tout. 

Mais leur proposer quelques moments d’émotion forte, de générosité et d’humanité. Ensemble.

https://youtu.be/cfAKBAxtJhQ

Des moments pour essayer de comprendre. Ensemble.

Des moments pour penser à toutes ces victimes et à leurs familles, pour allumer des bougies. Ensemble.

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J’ai confiance en eux pour demain, parce que je n’ai pas d’autre choix. Mais j’ai aussi vraiment la trouille. Pour eux. 

8 Comments

  1. C’est tellement horrible et tellement dur de leur expliquer. Mon fils de 8ans m’a exprimé sa peur et je ne suis pas sûr d’avoir réussi a le rassurer étant donné que je ne le suis pas moi même.

  2. J’ai le même sentiment que toi !
    Je suis nauséeuse depuis je n’en reviens pas et en même temps je ne suis pas étonnée hélas ……
    On va continuer à s’aimer les uns les autres mais oui j’ai peur et pourtant il faut continuer ne pas céder à cette peur sinon ils auront gagner.

  3. Oh comme j’ai peur pour mon fils… Mais au-delà de ça, mon bébé est littéralement devenue ma raison de vivre : vivre de toutes mes forces pour lui apprendre comment bâtir son avenir. Il symbolise l’espoir, et ça, c’est plus fort que tout.

  4. Merci pour tes mots justes.
    Je suis restée quant à moi abasourdie, hébétée. Une fois rassurée sur mes neveux, mes amis et leurs enfants et les amis de mes deux ainés, je n’ai pas eu peur, pas plus que depuis. Mais j’ai tellement éprouvée la violence de la souffrance de ceux qui cherchaient les leurs, de ceux qui avaient dû abandonnés un mari, un ami, une fiancée… au milieu du carnage, des blessés dans leur chair, de ceux qui s’étaient relevés vivants, entiers dans leur corps mais ravagés dans leurs âmes…. que je ne savais même plus vraiment où j’étais, la radio allumée tout le temps pour me persuader que c’était vrai.
    Il se trouve qu’autour de nous, 7 personnes ont été touchées dans leur famille ou dans leurs amis: proches décédés, blessés ou sans blessures physiques mais en état de choc. Ma fille a une amie dont le cousin, tout jeune homme, travaillait au Petit Cambodge vendredi: il est indemne physiquement mais psychologiquement dans un état très grave. Je ne vais pas vous les raconter tous, ce n’est pas le lieu.
    Et puis mon aîné m’a dit de regarder le Petit Journal d’hier soir, m’a parlé d’un tout petit garçon fascinant et de son père exemplaire dans son attitude. Ce que j’ai fait et ce fut un excellent conseil. J’ai ensuite demandé à mes trois autres enfants d’en faire autant. Histoire de retrouver l’humanité.
    Je remercie aussi le courage de l’institutrice de mon dernier et des professeurs des plus grands qui ont pris le temps pour, intelligemment et avec respect pour les paroles de ces enfants, trouver des mots, donner des éclairages, laisser la porte ouverte vers l’espoir et leur laisser ressentir ensemble qu’ils n’étaient pas seuls dans leur désarroi.
    J’ai pensé aux mères de ces terroristes, certaines partageaient peut-être leur fanatisme, d’autres pas. Mais une femme ne met jamais au monde un fils pour le voir finir explosé sur un trottoir par la détermination de tuer le plus possible autour de lui.
    Courage à tous.

    1. merci pour ton mot.
      Ici aussi les enseignants ont pris du temps, et beaucoup d’émotion pour parler avec les enfants. Dans tous leurs établissements.
      je t’admire de réussir à penser aux mères de ces terroristes. Je pense davantage aux parents de toutes ces personnes mortes par leur faute… quel deuil difficile

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