Quelle humeur ado-rable

ado

Aujourd’hui, je me suis dit que j’allais partager avec vous des petites observations qui m’aident à composer avec l’humeur imprévisible des ado-rables qui partagent ma maison. Le petit laboratoire d’observation que représente ma famille est une mine! Mais il n’est représentatif que de mes enfants, d’où forcément un manque total d’objectivité, auquel s’ajoute la tendresse toute particulière que j’ai pour cette tranche d’âge, moi qui ai pourtant été une ado bien pénible.

D’abord, j’ai passé quelques temps à essayer de comprendre comment fonctionne l’humeur des ado-rables. Pour être aussi imprévisible, c’est qu’elle est la résultante d’une quantité impressionnante de facteurs distincts formant un algorithme dont personne (à ma connaissance) ne connait la résolution.

  1. Les hormones, les modifications du cerveau, la croissance et la puberté. Tout ça, c’est physiologique, physique, un peu atomique aussi. Cela dure 5 ou 6 ans, on y est tous passés, il faut faire avec. Je ne maîtrise pas le passage de la pointure 39 à 46 en 1 an, ni la prise de 20cm. Mais ça doit quand même faire mal un peu partout.
  2. Le sommeil. Point trop n’en faut, mais il en faut quand même pas mal. A force de leur avoir répété quand ils étaient enfants que le cerveau travaille pendant le sommeil pour ingérer les connaissances de la journée en espérant qu’ils dorment un peu plus tard le matin, ne nous étonnons pas que l’adolescent considère comme tortionnaire et contraire à son harmonieux développement qu’on puisse le réveiller avant midi. Mais trop, c’est trop. L’état léthargique de l’adolescent qui a dormi 14 heures d’affilée fait parfois un peu peur. Pour comprendre l’humeur de l’ado-rable, j’aime bien savoir combien d’heures il a dormi dans les dernières 48 heures. Ni trop peu, ni pas assez.
  3. L’estomac. C’est (et c’est surtout vrai chez les garçons) son nouveau centre de gravité à l’âge ado, et l’un des nouveaux guides de son humeur. C’est son guide spirituel, son horloge interne, son GPS pour se diriger vers un lieu unique: la cuisine. Tous les repères de diététique inculqués depuis 15 ans sont oubliés. Oui il a faim tout le temps et se plaint en permanence de la menace d’hypoglycémie voire même d’inanition qui pèse sur lui. Oui il est capable de petit-déjeuner copieusement à 13h00 (ne lui a-t’on pas toujours dit que c’était le repas le plus important de la journée), de déjeuner normalement à 13h30, de passer pour un petit en-cas vers 15h00 (« C’est dans combien de temps le goûter? »), de s’avaler une demi-baguette vers 16h30; De passer faire un tour dans la cuisine parce que ça sent tellement bon vers 19h00 en profitant du passage pour se faire une petite tartine. De dîner vers 20h00 en demandant avec candeur si après soupe/quiche/salade/ il va y avoir un plat de résistance. De repasser manger un sandwich (« t’inquiète, bouge pas Mam’s, je me le fais tout seul ») vers 22h00 parce qu’il ne faut pas dormir l’estomac vide.
  4. Sa vie perso, ses copains, ses histoires d’amour (le tout mixé avec les hormones) etc. Qui contribuent à son humeur à travers son smartphone. SMS, Snapchat, Facebook, les copains sont là, tout le temps à la maison. Oh ce n’est pas la peine de leur jeter la pierre, on n’est pas mieux avec nos téléphones de boulot, nos mails pros. C’est du blurring pour nous, et pour eux aussi. Finie l’époque ou chacun déposait ses soucis extérieurs en rentrant à la maison.

Alors, une fois pris en compte tous ces paramètres, qu’est-ce qu’on sait de plus?

  • Communiquer avec un ado-rable (dans le sens d’un échange constructif, avec des idées riches, de l’humour, des décisions, des questions, des réponses) je ne m’y risque jamais le matin. Seul créneau possible: entre le goûter et le dîner, ou après le dîner. Pour un peu d’intimité, quand c’est nécessaire, je choisis après 21h00 quand les « petits » sont couchés.
  • A cause du point 1, et si par malheur j’oublie de tenir compte des autre, je reçois parfois des skuds(*) en réponse à une question que je pensais simple et sans enjeu. Parfois il arrive que je reçoive un skud sans même avoir posé de question. C’est la faute de l’algorythme… Le plus souvent, cela me fait l’effet de la pluie sur les plumes du canard… ça glisse. J’y reviens plus tard, sur nuit complète-estomac-plein.
  • A cause du point 2, il y a un risque à tenter l’échange ou la transmission d’informations le matin. Le pire, chez moi étant le moment du petit-déjeuner. Ne pas se parler, ne pas se dire de choses importantes. « Tu peux me passer le miel, stp? » étant déjà une prise de risque importante.
  • A cause du point 3, la gestion de l’intendance est parfois un peu tendue. Du pain, beaucoup. Des pommes, beaucoup. Du lait, beaucoup. Du chocolat? oui, mais quand il n’y en a plus… il n’y en a plus. Du jambon, de l’emmental? Toujours.

La multiplication du nombre d’ado-rables à la maison demande un peu d’énergie. Souvent le soir, puisque c’est le meilleur moment. Pour eux.

Et pour moi ?? La question n’est pas là, l’important c’est de com-mu-ni-quer. Et de se confier aussi. Et de rire. Et de raconter. Et de passer des messages. Et d’écouter. Et d’aller se coucher le soir sans claquer une porte ou laisser un vieux conflit larvé qui empêche de s’endormir.

Et de continuer à observer, parce que quand même c’est assez magique, la transformation d’enfants en adultes.

(*) Skud: petite phrase ou remarque assassine, parfois appelée reproche ou cri de haine, qui sort de la bouche de l’ado, et qui peut faire mal quand on ne s’y attend pas. Parce que le sud ne s’est pas annoncé.

 

 

17 Comments

  1. Vraiment c’est toujours un grand bonheur de lire vos articles sur vos ado-rables.
    J’aimerais réussir à porter un regard si bienveillant sur mes enfants quand ils auront cet âge si délicat. Et maintenir le lien avec eux, si important aussi…
    Merci

  2. Joli billet empreint d’amour, d’humour et de hauteur!
    Pas simple l’adolescence. On en a une à la maison uniquement pendant les vacances et à 14 ans c’est pas simple. On se prend souvent des « skuds » et sa phrase fétiche du moment « je suis au bout de ma vie' »! (quand tu as osé lui demander de mettre la table ou pire de débarrasser le lave vaisselle après le petit déj pris vers 11h)…Zen, restons zen!

  3. Merci pour le partage de ces différents états des adolescents.
    C’est clair qu’on peut passer en l’espace de quelques secondes de la meilleure Maman de la terre à la plus nulle. Mais Bon on les aime !!!!!

  4. Ancienne animatrice, j’ai encadré des colo d’enfants de 4 à 16 ans. Et, clairement, j’ai toujours eu une préférence pour les jeunes ados de 14-16 ans, je les trouvais tellement passionnants (et passionnés!). Pas facile tous les jours, mais très enrichissant. Une des clés, je pense, est de faire l’effort de se rappeler de sa propre adolescence (et d’ailleurs, à chaque âge, essayer de se rappeler son enfance, ses émotions, notamment ce qui nous semblait teeeeeellement injuste à l’époque!).
    Vive les ados!

  5. Je n’ai pas hâte d’y être, d’autant plus que ton récit coïncide à certaines expériences de parents d’ado que l’on m’a racontées. D’ailleurs, je ne pense pas que ce soit aussi marrant à vivre qu’à raconter.

  6. bonjour
    j’ai beaucoup aimé ce joli surnon l’ado-rable, meme si parfois ce n’est pas le cas, 🙂
    j’ai un neveu qui est ressemble enormement à tes descriptions d’humeurs, d’hatitudes……
    il faut avouer qu’on vie dans un milieu tres tres stresser je parle en general, nos vies sont devenues plus difficiles qu’avant, moi par exp pendant mon adolescence, il n’y avait ni Ipad ni tablette, ni Iphone, la vie etait plus simple, je me comptentait des livres de poches, des romants, j’adorais, aussi le cinéma, la nature, le vélo, je dessinais beaucoup, on sortait entres amies……la belle vie.
    pour aider et reconforter mon neveu, j’essaye de l’ecouté, le respecter, cette année il a le brevet, il est donc tres stressé, il tombe souvent malade, je conseille ma soeur de ne pas trop exiger de lui, meme s’il est parmis les meilleurs a l’ecole, heureusement il est dans une ecole française, le niveau est haut, les proffesseurs sont compétents, et cela l’aide beaucoup, à mon avis pendant cette période, trois choses vont les aider beaucoup les ado-rable , le sport, une bonne hygiéne de vie, et beaucoup d’ecoute de tendresse et d’amour de la part de la famille
    merci 🙂
    bon courage
    mona
    limonasblog.wordpress.com

  7. Ado-rable c’est plus sympa qu’adoleschiant et nettement plus humoristique. Je kiffe les ados, j’emprunte régulièrement ceux de ma voisine (parfois à bout :)) et je me régale de nos discussions.
    J’espère que mon 4 ans deviendra comme eux ils sont si chouettes ces adorables.

  8. Tous est si juste! Et dit avec tant d’humour et de tendresse.
    J’avais hâte d’avoir des ado-rables à la maison. Je ne suis pas déçue !!! Même si parfois ce sont plutôt des adoliiboudes.
    C’est un âge que j’adore. Vraiment.

      1. Ici non plus ça ne dure pas … c’est plutôt montagnes russes : on boude trèèèès fort, on rit trèèès fort, on pleure trèees fort, on se cajole trèèèes fort. Le tout dans une même journée/heure … Je comprends qu’ils soient épuisés.

  9. Un billet aux pts oignons (ognon avec le nouvel orthographe)! 2 ado – râbles à la maison ,15 et 20 ans cette année . Bien sûr, je retrouve notre famille dans ton billet, surtout concernant les matins et la nourriture! Et j aime beaucoup les discussions avec eux , c est une période qui passe vite, il faut en profiter!

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