Frères et soeurs une maladie d’amour?

A l’occasion d’un joli moment confidences pour confidences avec Ginie, on a parlé de Marcel Rufo. J’aime bien Marcel Rufo. Je n’aime pas tout Marcel Rufo. Entre autres, je n’adhère pas à ses théories sur les écarts d’âges nécessaires entre les enfants pour leur épanouissement individuel, même si je comprends les risques inhérents à des enfants rapprochés. 

Mais j’ai lu « Frères et Soeurs, une maladie d’amour » qui m’a donné pas mal de clés pour comprendre les relations dans la fratrie.

Parfois, ils se disputent, c’est juste de la folie… Ils se disent des horreurs, d’ailleurs ils parlent tellement vite que je ne comprends rien.

De temps en temps, j’en entends un pleurer, parce que l’autre lui a fait mal. Pas mal physiquement, parce qu’ils ne se battent pas, même si une fois ou 2 il y a bien eu un coup échangé, mais ce n’est pas le genre, parce que ça me rend hystérique. Mais il l’a vexé, lui a dit un truc super pas cool, bien dénigrant, du genre « ton dessin il est trop moche ».

Souvent le ton monte, pour un jouet, pour une règle du jeu, pour un truc à faire ensemble sans se mettre d’accord. Ou quand on est en fin de trimestre, ou bien fatigués, ça chauffe plus vite et plus fort.

La vie de famille est un vrai bon terrain d’apprentissage des relations humaines. Dans une famille nombreuse, on teste avec des garçons, des filles, des plus grands des plus petits. Les enfants font des associations à 2 ou 3, jouent de solidarité ou de complicité. Les uns face aux autres, ou tous face aux parents. Ils se liguent contre nous ou contre l’un d’entre eux, ou sont parfois d’une mauvaise foi évidente pour obtenir quelque chose. 

Observer leurs relations est inépuisable de surprises. En plus d’observer, nous canalisons, nous expliquons, nous consolons, nous régulons. Parce que dans notre famille, comme dans la société, on préfère la démocratie à l’anarchie. Et qu’en expliquant aux enfants ce qui se passe dans leurs relations, on essaie de les aider à comprendre ce qui se passe dans leurs relations avec leurs potes, leur profs, leur famille élargie. Et aussi pour éviter les « J’te cause plus » et « T’es plus ma copine ». Parce que ça n’est pas possible en famille. On ne peut pas dire « t’es plus mon frère » ou « t’es plus ma soeur ».

J’aime bien l’idée qu’ils ne partent jamais se coucher fâchés, genre vraiment fâchés. Histoire de ne pas dormir sur des disputes larvées qui pourraient redémarrer le lendemain. On règle le problème le jour même pour mieux passer à autre chose. On règle l’histoire entre les protagonistes, et puis en passant faire un petit tour dans la chambre pour dire bonsoir, on en reparle, seul à seul.

C’est aussi sur ces relations entre frères et soeurs que les six pistols se construisent. Qu’ils créent des relations interpersonnelles plus ou moins fortes et surtout changeantes avec le temps. Parce qu’en quittant l’enfance pour plonger dans l’adolescence, les aînés ont laissé derrière eux les plus jeunes. Nous avons eu un adolescent, puis 2, nous voici bientôt avec 3. L’équilibre change entre eux, c’est magique à observer. Les plus grands protègent les plus jeunes, les martyrisent aussi un peu.

C’est agréable de « dominer » l’autre, mais si c’est pour rendre l’autre malheureux quel sens cela a t’il? Si c’est pour l’aider à réussir une construction en Lego ou fabriquer un circuit électrique, alors, ça provoque du plaisir, du vrai. Et se sentir admiré, c’est bon aussi, non?

Et ce que je trouve – de loin –  le plus émouvant c’est leurs adieux lorsqu’ils se quittent pour des vacances. Un bisou furtif (parce que s’embrasser entre frères et soeurs, ça manque parfois de spontanéité, c’est donc rare) ou Noé derrière la fenêtre faisant des signes à Basile qui part en voiture, jusqu’à ce que la voiture ait pris le tournant.

Allez, Marcel, sans rancune. Ils sont 6 en 8 ans, et ça ne marche pas trop mal.

 

13 Comments

  1. Je me suis beaucoup retrouvée dans ce post, en tant que maman, mais aussi en tant que grande soeur. En ce qui concerne la différence d’âge, étant l’aînée je suis plus proche des deux plus agés,simplement parce que nous avons été élevés ensemble. Pour les deux plus petits, c’est très différent. Ils sont nés après que j’ai quitté la maison et le dernier à l’âge de mon fils^^ Je pense que grandir ensemble créé des liens forts et même si à l’époque, ils me faisaient devenir complètement chèvre, on a des tonnes de souvenirs en commun. Et les souvenirs, parfois, ça fait du bien 🙂
    Quant à mes mini-chieurs, quand ils se disputent sans plus pouvoir s’arrêter et qu’ils se disent le fameux « t’es plus mon frère, ou t’es plus ma soeur », j’interviens en leur disant que quand ils seront grands, et que moi je ne serais plus là, et que dans leur vie ça n’ira pas: c’est sur les uns et les autres qu’ils pourront toujours compter quoiqu’il arrive.
    (p.s: j’aime pas les changements d’heure…)
    (re p.s: y’a un interview d’Agnès et Alain Soral par Mireille Dumas sur leur relation fraternelle qui m’a fait faire des bonds, quand je l’ai vu y’a pas longtemps. Je croise les doigts pour que mes enfants ne se disent jamais tout ça :s)

  2. Pfioouu tu m’as ramenée en enfance..pas rose du tout,les familles nombreuses ne sont pas forcement des familles heureuses,mais tu m’as rappelé cette entente que j’oublie avc le temps qui passe,les discordes que nous avons eu en grandissant ont un peu effacé cette complicité fraternelle,et c’est dommage.les grands qui apprennent aux petits,les petits qui tentent de dominer les grands tout en les admirant,le 1 contre 2(nous sommes 3filles ainées rapprochées), qui change selon le moment et le sujet,les disputes,la jalousie,les confidences,les bisous-calins aux petits.nous sommes 7,etalés sur 20ans,de peres differents,donc notre « configuration » n’est pas la meme que pr tes enfants,de plus la famille est completement eclatée aujourd’hui.cependant je ressens encore cette impression de groupe,de faire partie d’une unité.ça doit etre ça,une fratrie.

  3. Merci pour ce billet très riche-comme toujours- et la photo est magnifique !nous veillons aussi à ce que nos deux garçons aient une entente fraternelle , qui fera partie d’eux longtemps nous espérons .. ils partagent le même appartement pour leurs études et ça se passe pas mal du tout , même si l’aîné délègue volontiers les tâches ménagères à son frère ..
    BON WE et BONNES VACANCES !

  4. bonjour,
    pour ma part j’adore les familles nombreuses ,chez nous on était 3 et nous sommes très différents et des fois on s’engueule encore mais quand on est réunis chez les parents on reparle toujours des bêtises qu’on faisait et je n’aurai pas voulu être un enfant unique ,quoi qu’il arrive même si mes frères sont pas toujours tendre avec moi je les aimerai toujours c’est comme ça.
    Ce qui est des enfants rapprochés ben je suis une maman d’enfants rapprochés j’ai une ado mais après j’ai 3 petits qui on chaque fois 1 an de différence d’âge et je viens d’apprendre que j’attends un p’tit cinquième il y aura 22 mois de différence avec ma petite dernière mais ça ne me fait pas peur car j’ai toujours su m’organiser , en faite aujourd’hui je suis un bonne petite chef d’entreprise 🙂 .
    J’aime bien Ruffot mais je crois qu’il était enfant unique donc même s’il connaît sa théorie il n’a aucune pratique sur la famille nombreuse et rapprochée de plus ,et puis une famille n’est pas l’autre, je le regarde sur france 5 et même si je trouve que des fois il donne de bon conseil ,il y a des fois je suis pas d’accord avec lui!!!

  5. Je reste convaincue que c’est une maladie d’amour ! Oui c’est dur la famille nombreuse… difficile pour eux compliqué pour nous quand ils se mettent sur la tronche et qu’ils se disent des horreurs comme tu dis ! Je crois aussi que tout ça est affaire de jalousie… Mais ils se construisent là dessus, il faut beaucoup beaucoup parler, faire des relectures avec eux, le jeu des conseils si cher au scoutisme est indispensable… Et je leur dis toujours si vous n’avez rien de gentil à dire alors taisez-vous ! Et quand ils sont mauvais avec l’un ou l’autre je leur demande toujours si ce qu’ils ont fait les rends heureux ? Et la réponse est toujours la même ! Car ils s’aiment même si ils ne veulent pas l’avouer… Savant cocktail tout ça ! Passionnant et épuisant ! Merci Cécile pour se post ! Et bonnes vacances girls !

  6. Super ce post sur les familles nombreuses. Pour moi, c’est vraiment le lieu de l’expérimentation des relations humaines. Chance pour eux de pouvoir faire « quelques » réglages avant d’arriver à la vie d’adulte. Aînée de 5, dont 4 rapprochés et une petite dernière, nous avons reçu pour les 4 premiers une éducation de famille nombreuse et c’est nettement moins vrai pour la petite dernière…Plus personne pour la chambrer, pour discuter avec elle à part ces « vieux  » parents et ça change tout !
    Alors des enfants rapprochés, c’est parfois dur, très dur même, mais la richesse des interactions possibles est peut-être à ce prix ?
    Mes 4 en 7 ans m’enchantent, me surprennent et me désespèrent ( aussi) régulièrement mais on assiste souvent à des « pépites » de vie en société qu’ils n’auraient pas autrement…Si c’était à refaire, je referais sans hésiter.

  7. et je voulais dire aussi que les histoires de différence d’âge je n’y crois pas du tout. Qu’ils soient très rapprochés ou très éloignés, c’est surtout l’éducation qu’on leur donne et notre « foi » en la famille qui fait que …. ou pas 😉

  8. Merci pour chacun de vos témoignages, la famille, c’est vraiment avant tout ce que nous en faisons et l’énergie qu’on y met, et cette aventure en vaut vraiment la chandelle, hein?

  9. je suis votre famille depuis quelques mois mais c’est la 1ere fois que je publie. En tant que maman je n’ai pas l’expérience je n’ai qu’une puce de 22 mois mais la famille nombreuse je connais pour y avoir été élevée :6 et moi comme seule fille en 2nde position qui deviendra à l’age de 3 ans la 1ere…
    Je connais tout ce que tu raconte je me retrouve même mais souvent ça a été dur à gérer comme seule fille et comme celle qui a dû prendre la place du grand frere parti bien trop tot…
    Aujourd’hui je ne vois plus mon frere avec qui nous avons pourtant seule 11 mois d’écart. Ma mère l’a toujours mis a part car ressemblant au frere parti, il ne s’est jamais vraiment intégré avec nous sauf avec mon dernière frere avec qui j’ai 14 ans d’écart et qui l’a pris comme modele, je devrais dire plus qu’en frimant il s’est imposé comme modele. Pas facile a gerer tout cela.
    Je reve d’une famille nombreuse mais je me trouve plein de bonnes excuses pour me dire que 2 ou 3 ça suffira (le boulot, les horaires, etc.). Mon mari dit 2 ou 4 moi je dis 3.. mais un autre psychologue a écrit la theorie du 2nd qui ne toruve jamais sa place dans une famille de 3 alors on reflechit.. Sur l’ecart habitant dans l’est une petite ville peu de moyens de garde et pas la famille pour depanner du coup ça sera sans doutes 3 ans (si ça vient comme on le souhaite) j’ai lu les ecarts rapprochés, éloignés, je crois surtout que c’est aux parents de gérer ça et les enfants seront heureux avec des parents heureux.merci pour tout

  10. Ton billet me parle beaucoup ce soir alors que mon grand vient de partir… Avec sa soeur cadette, ils ont longuement discuté au téléphone ce soir, c’était adorable. La veille, ils s’étripaient pour une voiture Cars…

  11. Cela fait toujours plaisir de te lire sur les relations entre frères et soeurs. ayant grandi dans une fraterie de 4, je me suis fait depuis longtemps mon propre tableau sur cette histoire d’amour improbable qui dure jusqu’`à la mort. C’est juste touchant de voir qu’on s’entend toujours bien dans la fraterie (pourtant on a 14 ans d’écart entre l’ainé et le plus jeune), malgré (ou grace à) des professions différentes, des styles de vie différent, et parfois plusieurs milliers de kilomètres entre nous.

    Pour mes propres trois loustics, je me suis souvent questionné sur leur écart (car cela fait plutôt 2+1 que 3) pendant la grossesse et comment il faut éduquer pour en tirer le meilleur possible; bizarrement après l’accouchement, je ne me suis posé aucune de ces questions à nouveau.

Leave a Comment

Robot or what? *