A 12 ans, ne changez rien!

Ne changez rien, et pourvu que ça dure…

Ton humeur du matin, quand tu te suspends à mon cou pour réclamer un bisou, et encore un, et un autre et un autre encore, sur l’autre joue!

Ton calme du matin, quand ta soeur te reproche de faire sonner ton alarme à 7h00 au lieu de 7h01

Ton habitude de choisir tes vêtements le soir, et de changer d’avis le matin.

Ton choix de vivre avec 3 tee-shirts et 2 pantalons, pour ne pas te poser de questions sur ce que tu dois porter le matin

Ton réflexe de faire tous tes devoirs, vite et bien, en soufflant que c’est trop dur, que tu n’as rien compris, que la prof de maths est un tyran qui donne trop d’exercices.

Tes réponses systématiques « je n’ai pas de devoirs », « j’ai fait tous mes devoirs », « y’a rien à faire » qui ne laissent personne dupe, et qui te vont si bien.

Ton principe qui t’impose d’être toujours prête à 40 pour partir. 7h40, 8h40, 9h40 pour ne jamais risquer d’être en retard.

Ton flegme par rapport aux horaires qui te permet, entre 7h00 et 7h56 de te lever, de petit-déjeuner, de faire ton sac, de résoudre un Rubik’s cube 4 colonnes, de lire une BD, de zapper le brossage de tes dents, d’oublier tes clés que tu avais pourtant mises de côté, et de frôler tous les jours le billet de retard.

Ton lien indéfectible aux copines qui à peine laissées au coin de la rue en rentrant sont en direct sur Skype pour le quotidien « j’peux faire un appel vidéo? »

Ton détachement total par rapport au collège, à ce qu’il s’y passe et ce qui s’y vit. C’est là-bas que ça se passe, et ça y reste.

Ta place à ma gauche à table, depuis toujours, prête à sortir les crocs contre celui de tes frères et soeur qui oserait te la piquer. Je crois qu’ils n’essaient plus d’ailleurs.

Ton recul par rapport à ces contraintes de vie bassement alimentaires que sont les repas. Et ne parlons pas des douches, c’est has been les douches, je devrais te remercier de ne pas alourdir les factures d’eau.

Vos bavardages et vos rires du soir après que j’aie éteint la lumière.

Votre bazar permanent, dont chacun accuse l’autre d’être responsable, et que chacun alimente avec une dextérité hors du commun.

Votre binôme étonnant, explosif, solidaire, joyeux, bruyant, unique et incroyable.

Chacun de vous est fort, mais à deux, c’est encore mieux pour être heureux.

Joyeux anniversaire!

Vrai ou Faux?

Ce n’est pas la première fois que j’écris sur la gémellité; ou plutôt sur ce que je connais de la gémellité avec Elise et Jonas dans notre famille.

Dans ce billet, je disais en substance (ben oui, il ne faut pas vous retenir d’aller le lire en entier) que nos enfants étaient jumeaux parce qu’ils avaient partagé mon utérus 9 mois, et qu’ils grandissaient ensemble. Pour le reste, j’essayais d’expliquer qu’ils n’étaient qu’un frère et une soeur du même âge.

Je suis toujours d’accord avec moi-même.

Sauf qu’ils sont quand même jumeaux.

Samedi, je les ai entendus se disputer, et ils sont arrivés en courant en hurlant des Mamm’sss à qui mieux mieux.

Jonas: « Mams, Elise dit qu’on est des faux jumeaux »

Elise: « Ben oui, on n’est pas pareil, donc on dit qu’on est des faux »

Jonas: « Mam’s, mais c’est pas possible, moi je suis pas faux, je suis vrai! »

J’ai été tout émue par ce cri du coeur de Jonas.

Et ouais, et toc! Et c’est vrai que la vérité sort de la bouche d’un des enfants. Ils n’intellectualisent pas tout encore et prennent ce qu’ils entendent au pied de la lettre.

Parler de faux et de vrais jumeaux, ça ne veut strictement rien dire, ça n’a juste pas de sens. Et accessoirement, cela crée des quiproquos dans leur tête.

Il n’y a pas des faux enfants et des vrais enfants, des faux frères ou des vraies soeurs. 

Ce terme de faux jumeau qui désigne les dizygotes (c’est pas mieux dizygotes, on dirait une maladie génétique) est super mal adapté.

Combien de fois me suis-je hérissée quand on m’a dit en regardant Elise et Jonas dans leur poussette double: « c’est des faux? » 

Après 7 ans, on a le droit de me dire que je radote quand j’explique que je n’aime pas cette expression de faux pour désigner nos jumeaux (oui, j’ai passé la quarantaine après tout, je suis sur la pente descendante) mais bon, aujourd’hui c’est Jonas qui s’insurge!

Jonas, c’est toi qui as raison. Tu es vrai, tout est vrai en toi!

S’est-on posé la bonne question? Comment se construire une identité positive avec cette étiquette de « faux » collée à la peau par des adultes?