Ensemble à table, sinon rien!

Pré-ados, ados, post-ados, ado-rables…des jeunes quoi.

Ce sont encore un peu des enfants parce qu’ils jouent à Duduche et encore un peu aux Lego. Ce sont des ados parce que leurs corps changent et les voix deviennent plus sonores et plus graves. Et ils ont des très grands pieds. Ce sont un peu des post-ados pas tout à fait adultes parce qu’ils ont des cartes bleues et qu’ils sortent le soir.

C’est vrai que quand je dis que j’ai 6 jeunes à la maison, ça fait souvent ouvrir des yeux groscommeça. Je souris en pensant aux images qui traversent l’esprit des gens, imaginant 6 ados affalés en tas, dégageant des odeurs d’adolescents en rébellion hygiénique, s’exprimant par borborygmes, casques sur les oreilles et smartphone en main.

Hannnnn ça doit pas être simple tous les jours! Ah Ah, ben non ça n’est pas simple tous les jours. M’enfin si je commence à me plaindre, je vais finir placardée sur Facebook comme marâtre égoïste qui a osé donné naissance à 6 enfants en ces temps difficiles et qui ruine CAF et Sécu pour un jour en faire des adultes tellement malheureux (digression liée à un débat Facebook animé du week-end)

Mais bon, ce n’est pas Shameless quand même, ou pas encore? D’ailleurs si vous ne connaissez pas encore cette série, il y a juste 6 saisons à regarder avant d’attaquer la 7ème qui débarque bientôt.

Avant sur les murs des wawas il y avait ça:

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Depuis la rentrée, il y a ça:

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On a franchi un cap! Et je trouve ça vraiment flagrant cette rentrée. En fait, ce qui est vraiment différent, c’est de partager la vie de 6 personnes qui deviennent de plus en plus autonomes, de moins en moins dépendantes. C’est la rançon du succès des parents, de les rendre autonomes un jour, c’est juste la voie normale, le graal suprême à obtenir un jour. Qu’ils quittent la maison pour être aussi heureux ailleurs qu’ils auront pu l’être ici. Bon, c’est pas encore demain la veille…

Mais ils acquièrent une sacrée autonomie. Ils gèrent leurs emplois du temps. Les cours, leurs horaires, les activités, leurs devoirs, les sorties avec les copains, leurs déplacements, les RV chez le doc, le sport, etc. Et comme ils sont quand même tous nés dans un mouchoir de poche (grand mouchoir quand même, mais 6 en 8 ans) ça arrive en bloc.

3 au Collège, 1 au lycée, 2 qui font des études supérieures.

Et du coup, mon rôle change.

Ok, je gère encore l’intendance, même s’ils sont chacun capables de préparer un déj ou un dîner, programmé ou à l’improviste, pour 1 ou pour 7.

Ok je gère les lessives, même s’ils sont chacun capables de lancer une machine ou d’en étendre une s’ils ont besoin du seul et unique jean mettable ce fameux mardi matin alors qu’ils l’ont mis au sale le lundi soir.

Ok, je gère le ménage, même si je ne suis pas super maniaque, et que les grands gèrent maintenant le ménage de leurs chambres et qu’il m’arrive de déléguer les pièces communes.

Ok, je gère les finances, même s’ils gèrent de plus en plus des budgets pour leurs études, des recettes de baby-sittings. Mais c’est encore moi qui tiens la pompe.

Il me reste quand même un truc à gérer, c’est la vie de famille. Celle qui fait qu’on se retrouve ensemble, qu’on se crée des souvenirs, qu’on passe du temps les uns avec les autres, qu’on se parle et qu’on s’écoute, qu’on se dispute et qu’on se pardonne, qu’on se connait et qu’on se manque.

L’autonomie c’est bien, mais faudrait pas que ça tourne à l’individualisme. L’autonomie c’est une forme de liberté aussi, mais faudrait pas que ça tourne à l’égoisme.

L’autonomie est-elle une forme d’individualisme, d’égoisme ou une liberté? Vous avez 4 heures.

Chacun sa route, chacun son chemin. Chacun (ou presque) son smartphone, son compte Facebook, Snapchat et Instagram et ses oreillettes. Chacun sa vie.

L’incontournable, ce sont les repas en famille, rendez-vous imposés pour tous les 7, 1 ou 2 fois pendant le week-end, 3 parfois 4 soirs en semaine. L’écrire est étonnant, il n’est pas si loin le temps où nous prenions tous nos repas tous ensemble… 

Et vous, c’est quoi vos trucs pour être « ensemble » avec vos grands?

Avant, c’est maintenant

Avant, on m’a dit: « petits enfants, petits soucis, grands enfants, grand soucis ».

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Mais ça c’était avant.

Quand ils enchainaient les virus et les microbes, les gastros et les bronchios, les nuits blanches et les poussées dentaires.

Quand je passais plus de temps sur le canapé de la salle d’attente de ma doc que sur celui de mon salon.

Quand on passait des heures carrées sur les tables de multiplication, les poésies de Robert Desnos et Anne-marie Chapouton

Quand ma voiture était ma deuxière maison.

Quand je gérais un portefeuille de baby-sitters recrutées sur le volet pour gérer 6 enfants et survivre

Quand parfois manger une assiette de petits pois nécessitait force et diplomatie, et coup de balai après

Quand les journées commençaient rarement après 7h00

Quand les internes me serraient la main aux urgences de l’hôpital  et connaissaient les enfants par leur prénom.

Quand je faisais des quiches, à raison de 3 par semaine en juin, voire 3 par jour pour les kermesses de fin d’année

Et je me disais que l’avenir allait être compliqué… Si ce que je vivais là c’était des petits soucis, que serait l’avenir? 

L’avenir, c’est maintenant!

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Quand ils gèrent eux-mêmes leurs gastros et savent tousser et se moucher.

Quand les vélos ont remplacé ma voiture pour les conduites

Quand il n’y a jamais de restes, ni dans leur assiette, ni à côté.

Quand on parle de Victor Hugo, de géopolitique, et de citoyenneté

Quand je ne les entends pas rentrer de leurs soirées parce qu’ils ne viennent plus dans ma chambre et enlèvent leurs chaussures pour monter l’escalier.

Quand je peux boire un, deux, 3 cafés le matin, seule, en silence pendant qu’ils dorment.

Quand les internes sont devenus médecins et que malgré mes  passages très fréquents dans les services d’urgence, ils trouvent des mères plus jeunes que moi à qui serrer la main.

Quand je choisis de sortir et que la meilleure baby-sitter, toujours disponible, s’appelle Pizza.

Quand les gâteaux au chocolat se font sans moi, et qu’on en profite tous.

Quand ma seule vraie contrainte est d’être là, pas trop loin, plutôt dispo, pour en profiter tant qu’ils sont là.

Mais qui sont les gros nazes dans cette histoire?

Il y a quelques jours, j’ai reçu, parmi les 100 mails que je reçois tous les jours parce que j’ai le privilège d’être référencée dans des annuaires de parent de famille nombreuses, ou de blogueurs, ou des deux, un dossier de presse pour un livre. Je lis toujours ce type de mails, par curiosité.

Aujourd’hui, j’ai reçu la revue de presse de ceci:

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J’ai lu le titre, le dossier de presse, et le « florilège » avec les meilleurs extraits. Je ne mettrai ici que la photo de couverture. Le reste est totalement pathétique.

Pourtant je pense avoir une bonne dose d’humour, et parfois je comprends le second degré, voire le 3ème degré. Et j’ai 3, et presque 4 ados à la maison.

Etre adolescent, on y est tous passés, et nos enfants y passeront tous. C’est une période évidemment pas simple où le corps change, où sorti de l’enfance il faut commencer à imaginer sa vie de demain avec pas mal de pression, c’est le moment que les orthodontistes choisissent pour leur refaire le sourire. C’est aussi cette période où il faut se forger sa propre personnalité en prenant du recul par rapport à l’éducation qu’on reçoit. En passant par la confrontation, l’échange, le questionnement. C’est la période des premiers amours, à la vie à la mort. Et c’est surtout la période où les parents projettent leur propre adolescence sur leurs enfants. Ils se rappellent les ados qu’ils ont été. Soit ils souhaitent à tout prix que leurs enfants passent à travers sans heurts, soit ils souhaitent que leurs enfants les épargnent d’une adolescence similaire à la leur.

Dans les 2 cas, ils sont au taquet pour suivre l’adolescence des enfants, parfois un peu désarmés ou fragilisés.

Oui ça fait beaucoup de changements pour l’enfant, et peu de temps. Un peu de fragilité aussi. Et un vrai besoin de repères forts et ancrés pour leur apprendre à se positionner. Pour qu’il y ait des limites à dépasser, ou des interdits à remettre en cause. Ou au contraire pour s’y réfugier.

Alors quand deux auteurs personnes, parents en plus, osent traiter du sujet de l’adolescence en titrant « mon ado est un gros naze mais je l’aime », c’est d’un irrespect et d’un humour ton totalement au ras des pâquerettes.

Une manière de prendre le sujet à la rigolade pour que ça passe plus facilement? Un moyen de se déculpabiliser de ne pas être le parent idéal dont l’ado file doux? Une aigreur mal gérée à voir ses enfants prendre de la distance et s’approcher doucement de l’âge adulte? Une honte non avouée de ne pas comprendre tous ces bouleversements qui changent le tempérament de nos ados? Autre chose?

En réalité, je n’ai même pas envie de le comprendre. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont des loques avec boutons et appareils dentaires. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont en rébellion. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent faire de leur vie. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont des gros nazes.

Je n’aime pas ces jugements de valeurs et ces étiquettes qui viennent d’adultes qui posent un regard critique sur nos enfants. Ou sur les leurs. Ces jugements qui ne donnent pas envie de grandir ou de changer, et surtout pas de devenir adulte, pour un jour peut-être leur ressembler?

Les ados d’aujourd’hui ne sont ni pires ni meilleurs que ceux que nous étions. Si ce n’est qu’ils ont besoin d’une bonne dose de confiance pour avoir envie de grandir dans une société qui leur propose un avenir professionnel difficile, ou chaque jour une nouvelle loi vient sanctionner, pénaliser, interdire, limiter. 

Et de respect. 

Et d’enthousiasme.

Et d’optimisme.

Alors j’ai juste envie de me mettre au niveau de ces auteurs et de leur dire, comme dans la cour de récréation: C’est celui qui dit qui y est!