Sportivement vôtre

 

basile pap

Basile – Briançon 2012

Chez nous, on est dans le « quitte à faire les choses, autant bien les faire » plutôt que dans le « plus je fais de choses, mieux je me porte ». Ce n’est pas un jugement, hein? Chacun fait bien comme il veut, et tous les choix sont bons si on sait pourquoi on les fait (minute philo terminée)

Donc nos enfants ne font pas 2 sports + musique + groupe théâtre + scoutisme et Kravmaga. Parce qu’ils sont 6 et que nous n’en avons pas les moyens. Parce que c’est bien d’avoir le temps de respirer, jouer aux playmobil, voir des copains ou s’ennuyer.

Au début, il y a longtemps, nous avions imaginé que chacun ferait un sport différent, histoire de bien se démarquer de ses frères et soeurs. Aujourd’hui le principe de réalité (les agendas sont complexes à gérer) fait qu’ils font badminton, natation synchronisée, natation course et judo. 4 sports pour 6.

2 fois et jusqu’à 4 fois par semaine chacun. Mais chacun pour le même sport.

Maël est autonome pour le badminton; j’ai oublié de préciser qu’il pratique le cyclisme urbain pour tous ses déplacements.

Pour les nageurs et les judokas, l’autonomie s’acquiert mais plus lentement. Il y 2 lieux de sport: le dojo et la pistoche. Non, nous n’avons pas poussé le vice au point de choisir 2 piscines différentes. Mais la piscine est un peu loin. On peut y aller en vélo s’il fait jour et s’il fait beau. Donc en juin et en septembre. Et encore, quand on a nagé 4km, je ne suis pas sûre qu’on soit bien pour revenir en vélo. Bref pour l’instant, c’est en voiture.

Et il y a les compétitions: une douzaine de week-ends dans l’année, répartis hors vacances scolaires, cela fait 1 week-end sur 3 avec parfois la joie de 2 compétitions le même week-end. Oui ça permet de gagner un week-end libre. Ou presque. Et puis des stages à chaque période de vacances scolaires, sur place ou loin. Des stages d’entraînement intensif.

Les années passant, c’est de plus en plus simple. Je me pince pour y croire. Ceux qui ne font pas de compétition peuvent se garder seuls, et nous pouvons faire des conduites sans charger tout le monde dans la voiture. C’est chacun son tour. Donc pendant que je fais les conduites (ou Pap’s) les autres avancent les devoirs, prennent leur douche, regardent un dvd.

Les clubs de natation occupent la piscine après le public. Donc le soir, à partir de 17h30. Et parfois, ils sortent du bassin à 22h00. Pas question d’une 3ème mi-temps au vestiaire avec les potes. 15′ après la sortie du bassin, je repars. Les 3 nageurs ont très vite appris la logique jerentreetjemetsmesaffairesàsécher-jefaisréchauffermondîneraumicroondes.

Moi? j’ai souvent râlé sur ces conduites qui se ressemblent, qui coupent la soirée et obligent à ressortir dans le froid l’hiver, qui retardent le dîner des autres et nécessitent une organisation béton. J’ai râlé sur les bouchons, les travaux, la météo, les problèmes de stationnement. Et puis j’ai fini par me convaincre que je râlerais pendant 15 ans. Sans que ça ne change rien.

Avoir une famille nombreuse, c’est devoir aussi trouver les occasions de passer du temps avec chacun, et ces trajets en voiture font partie de ces moments à 2. On se raconte une journée, on révise une leçon, on se confie un secret, on fait les langues de vipère, on écoute de la musique, on se raconte une blague. Je sais que ces moments là sont des rendez-vous avec l’un ou l’autre. Avec chacun des enfants. Et dans le rythme qui est le nôtre, c’est presque rassurant parfois de savoir que pendant ces trajets en voiture on trouvera le temps de se parler seul à seul.

Pour les enfants, ils est indispensable qu’ils y trouvent du plaisir. Beaucoup. Mais pas chaque fois. Parce que parfois on n’a pas envie. Et c’est pareil dans la vraie vie, donc c’est une bonne école. Mais on apprend à prendre sur soi. Nous les parents, on encourage. Parfois le sportif gagne, et ça le booste. Parfois il stagne malgré les efforts, et ça plombe. Mais il y retourne, parce qu’il s’est engagé. Et quand il démarre une année, il la termine. A la fin de chaque année, on se repose la question, le pour, le contre, l’envie, le courage, le plaisir. Et parfois, on sent qu’il y a un coup de mou alors on lève le pied pour prendre le temps de se remotiver.

Le sport, c’est physique, ça défoule, ça muscle, ça détend, ça oxygène, ça colle des courbatures incroyables, ça sculpte le corps.

Mais le sport en compétition, c’est aussi super mental. Et c’est dur. Apprendre à perdre et reprendre courage. Gagner et ne pas prendre le melon. Avoir toujours l’impression qu’on a fait de son mieux. Résister au stress. Se dire qu’on a de l’importance pour une équipe, un club, un coach. Et c’est très sympa aussi. Parce qu’il y a les copains (et les parents des copains).

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Les Nymphéas de la Malmaison – 11/02/2013 Corbeil-Essonne

Et avoir toujours à l’esprit que ça peut s’arrêter demain. Parce que les résultats ne seront plus là. Ou sur blessure. Il restera toujours le sport en loisir, pour se faire du bien au corps, et c’est déjà super. Se dire aussi que des champions du monde il y en a, mais peu. Donc se dire qu’on peut vivre une grande et belle aventure de sportif sans devenir forcément médaillé olympique. 

Oui s’est posée la question pour Basile de le mettre en section sport à l’entrée au collège. Pour que la natation fasse partie intégrante de son emploi du temps et que les conduites soient réduites. Et qu’il soit tous les jours avec des copains nageurs. Et qu’ils soit obligé de prendre les transports en commun. Et qu’il n’ait pas de copains dans le quartier. Et qu’il ait moins la liberté de dire stop s’il le souhaite parce que sa vie aurait tourné autour de son sport, tous les jours, tous les week-ends. Il est donc dans le collège du quartier.

Oui se pose la question des études et du rythme de travail. Je suis convaincue que l’effet du sport sur le mental se répercute sur la vie scolaire. La gestion du stress, l’organisation, la gestion du temps aussi. Ils sont autonomes dans leurs devoirs et leur organisation, à partir du collège. Je pense qu’ils comprennent vite l’intérêt de travailler avant les entraînements plutôt qu’après. Et si parfois c’est nécessaire, alors nous sommes là pour un coup de main sur la poésie à apprendre à l’arrache le soir.

Un jour Basile m’a dit que le stress d’un contrôle de maths n’était rien à côté de celui ressenti sur un plot avant le départ d’un 100m papillon. Il n’y a rien à dire sur leurs résultats scolaires, qui sont quand même un bon indicateur.

Et puis il y a les coaches sportifs. Des personnes qui sont super importantes sur l’envie, la réussite et la performance. Des adultes qui deviennent des référents pour nos enfants, à qui ils s’identifient, qui sont parfois aussi un peu des modèles. Ils les connaissent depuis longtemps maintenant et je pense que pour chacun des enfants ces personnes auront mis leur patte dans leur construction. J’espère que ça restera toujours une bonne patte et qu’il n’y aura pas de déception si un jour les résultats ne sont plus là.

L’été dernier, Noé a découvert la voile. Repéré parce que plutôt débrouillard sur l’eau et bien motivé, le voilà prêt à se lancer dans une saison sportive. Naviguer le samedi, faire des compétitions le dimanche, partir en stage. Peser le pour et le contre, voilà ce qui nous attend dans les jours qui viennent. Mais c’est avant tout une chance, une chance de développer de nouveaux talents.

Et il est là, notre rôle de parents, non? Etre des révélateurs de talents.

 

 

11 réflexions au sujet de « Sportivement vôtre »

  1. Entièrement d’accord avec Christelle : magnifique article, une tonne d’amour. Tu sais que je suis une de tes fans inconditionnelles mais quand je lis ce genre d’article, je deviendrais groupie :-).
    Sérieusement, quelle chance ils ont….
    Tu es une maman formidable, vous êtes des parents formidables, et ces pistols sont d’enfer !
    Respect..

  2. Houaaaaaaaa j aime cette réflexion ! Surtout sur la philo : comment transformer un truc beurk en truc ++++
    Moi j ai pas insister avec le gd et …. Je m en mord les doigts il est tout sf tenace , dégourdi etc… Alors les suivants je lâche et lâcherai rien ! Merci Cécile
    Bon we …. Sportif

  3. Merci pour ce bel article, tout est dit et je partage votre avis.
    Je n’ai « que » 3 enfants qui sont encore petits mais j’espère pouvoir vivre leurs activités de la même manière dans quelques années.

  4. très beau billet encore , et très complet .nous pensons aussi que le sport apporte plein de choses-mon mari a fait des années de water-polo-mais nos enfants n’ont jamais accroché ,pourtant ils ont essayé et pour un an à chaque fois : foot , tennis, natation , judo , athlétisme , volley..parfois ça a duré 2 ans .. il s’agit aussi de rencontrer les bonnes personnes : groupe , coach , entraîneur , et de s’affirmer .. ils y ont goûté en tout cas !
    Quel rythme à tenir en tout cas , bravo à vous tous , vous êtes , sincèrement ,des parents formidables !

  5. En plein dedans chez nous aussi. Natation pour les 2 « grands » avec compét depuis cette année. Alors je partage tous tes points de vue, essayer, s’y tenir, gagner, perdre mais y retourner quand même. Je vois aussi tous les avantages du sport sur leur vie. Se coltiner aux autres, avec d’autres adultes comme « référents », faire confiance et (attention, c’est la mère qui parle) sculpter leur corps. Punaise, qu’ils sont beaux ! J’ai aussi fini par me dire que tous ces allers-retours avec eux étaient (parfois) des moments privilégiés. En tout cas, comme toujours par ici, très bel article.

  6. ici c’est un peu pareil, sauf que c’est pour la musique en fait…. parce qu’on a pas des sportifs….. quoique cette année j’ai quand même réussi à convaincre Nans de faire de l’athlétisme….. il y va juste le mardi (normalement c’est aussi vendredi) et il ne fait aucune compétition, c’est lui qui a choisi de ne pas en faire mais il aime bien……. mais question rigueur et maitrise de soi (et tout le tralala) la musique c’est bien aussi

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