Petite histoire du soir, sur l’autorité

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Avec 4 ados à la maison (un qui ne l’est presque plus mais quand même, et un qui le devient au contact de ses aînés), ça me pose pas mal de questions sur l’autorité.

Quand ils étaient petits, j’ai beaucoup pratiqué le « parce que c’est comme ça » à leurs questions qui remettaient en cause une décision posée.

Par exemple: « mais pourquoi on ne peut pas se coucher à 22h30?« 

« Parce que c’est comme ça« .

N’en déplaise à tous les parents qui prennent plaisir à discuter, argumenter, expliquer, justifier, ou à tous ceux qui ont tenté de me convaincre qu’en discutant avec des petits, ils comprenaient mieux, s’ouvraient davantage à l’échange etc. Peut-être que c’est dû au nombre d’enfants que j’ai, ou pas, mais je ne suis jamais rentrée dans ce schéma…. Pourtant, j’ai lu, relu et re-relu Dolto, Fillozat, Rufo, Naouri, Antier etc.

Bon, je n’ai pas toujours été aussi radicale, j’ai donné quelques explications sur le coucher tard lever tôt, les rythmes de sommeil etc mais je n’ai jamais été du genre à entamer des négociations avancées avec mes enfants, petits. Avec le recul, je n’ai aucun regret, parce que…. je me rattrape bien maintenant.

Et c’est un presque toujours pur bonheur.

Poser un acte d’autorité auprès d’ados, c’est parfois obligatoire. Il faut bien que quelqu’un pose des limites quelque part. Voire même un interdit. Explique ce qui relève du respect de la loi ou pas (conduire une voiture sans permis, ne pas porter de ceinture ou de casque, consommer des substances dangereuses voire illicites etc). Ils en ont besoin, ça les rassure, comme quand ils étaient petits, et puis ça leur permet de savoir quoi franchir s’ils veulent les dépasser (oui, mes ados sont des vrais ados qui franchissent des limites, il faut bien qu’ils se construisent).

Et s’il n’y a pas de limites posées, il n’y en a pas à dépasser. CQFD.

Quand les enfants sont petits, l’acte d’autorité est posé. On se couche à telle heure, on finit ce qu’on a dans son assiette (c’est à moi de ne pas trop la charger pour que ça marche). Et puis ce qu’on assène un jour doit si possible être encore valable le lendemain.

Une fois qu’ils sont ados, on entre dans la mouvance. Impossible d’être strict et rigide sur des positions tranchées. Finalement, tout doit peut toujours être remis en cause, adapté, discuté. D’un enfant à l’autre, d’une situation à une autre. Même si parfois c’est un peu fatigant, et que ça oblige à se remettre en cause. Dans la limite du respect de la loi quand même. 

Qu’il s’agisse des heures de retour de soirée, de sorties avec les potes, de décisions à prendre pour des études, de choix de fringues, de budgets à dépenser, de services à rendre, tout est toujours ouvert à la négociation. Plus j’affirme ma position tôt dans la discussion, plus je la ferme. Plus je les laisse s’exprimer, plus j’ai les moyens de les amener à prendre la décision qui leur semble bonne pour eux, et en accord avec celle que j’aurais prise « d’autorité » s’il n’y avait pas eu discussion.

Exemple tiré de la vie réelle et récente:

– « Mam’s, ce soir je sors »

NLDR: Pour se sentir un peu plus adulte, l’ado ne demande plus s’il peut ou ne peut pas sortir, il part du principe que c’est acquis. Le vendredi ou le samedi soir. Les autre soirs de la semaine, il ne tente pas sa chance. Parce que la fin de non recevoir, ça existe aussi. Parfois.

– « Tu vas à une soirée?« 

– « Oui »

NLDR: De manière générale, l’ado est plutôt loquace chez moi. Mais dans certaines situations, il se dit qu’en économisant ses mots, il se pourrait que je passe à autre chose. C’est une autre manière qu’il a de s’affirmer. Il oublie juste que j’ai aussi été ado un jour (d’ailleurs il l’oublie souvent, pensant que je suis née dans la grotte de Lascaux et que j’y ai vécu jusqu’à ce qu’il m’aide à en sortir)

– « Et« ?

NLDR: J’applique la même technique que lui, lui montrant par là-même que non seulement j’ai entendu son oui, mais que ça m’a vraiment donné envie d’en savoir plus.

– « Ben on sera 5 ou 6, que des mecs, on se retrouve chez M. et on doit se regarder un film« .

NLDR: S’il précise qu’il n’y a que des mecs, cela m’évite de poser la question de la présence de filles ou pas. Il sait pertinemment que je n’irai pas vérifier, mais il s’évite des questions sur les prénoms des filles, les plans amoureux en cours etc, discussion qui doit venir de sa propre initiative, et sûrement pas de la mienne.

– « Un film porno? »

NLDR: Là, à ce stade-là, s’il me répond oui, je suis mal. Mais comme il me connait et n’a pas envie de me coller des claques post-évanouissement qui risqueraient de le mettre en retard à sa soirée, il joue le jeu.

– « mais nannnnnnn, pffffffff, on va regarder American Pie 

NLDR: c’est plutôt marrant, pas très fin, un bon film à regarder entre ados. S’il le voit avec des potes, cela évitera qu’il me l’impose un soir à la maison.

– « Et après le film? »

NLDR: Les gros sabots je sors

« Ben je sais pas »

NLDR: je crois qu’il est sincère, il ne s’est pas projeté sur la suite, vraiment.

« Donc en fait tu seras rentré à 23h30 »

NLDR: Traduction ouverte de « c’est 23:30 dernier carat« , mais sous forme de question, ça passe toujours mieux, au cas où il voudrait me répondre « même avant ». C’est une manière de lui couper l’herbe sous le pied au cas où il aurait voulu tenter une prolongation de soirée post-film.

– « Ouais, y’a moyen! »

NLDR: Il est d’accord sur la faisabilité du truc, et du coup, il accepte le principe de se prendre un sms de ma part s’il n’est pas rentré à 23:30, lui demandant avec un humour au degré 0 s’il prévoit un jour dans sa vie de retourner voir un film chez son pote.

Je sais aujourd’hui que si d’entrée je joue l’inspecteur du KGB en demandant: Où, chez qui, à quelle heure, jusqu’à quand, y’aura qui? Je les connais? Je n’en saurai pas plus, et j’aurai droit à un skud du genre « ehh, Mam’s tu ne me fais pas confiance ou quoi?« , et ce genre de discussion là, je préfère les avoir à froid, l’estomac plein.

Et puis parfois, c’est l’incompréhension, le néant de la discussion, et on n’arrive à rien sur le moment. Et l’un et l’autre se séparent, chacun réfléchit de son côté, je me refais le film, chacun bouge un peu sur ses lignes et on s’y remet, jusqu’à trouver un terrain d’entente, ou une limite infranchissable ou non négociable. Et là on trouve un autre sujet de prédilection pour les ados: « Comment gérer ses frustrations »

A plus tard pour de nouvelles aventures d’ado-rables!

 

11 Comments

  1. Ben je vois que nous fonctionnons de la même manière concernant les grands ados et notre plus jeune aussi.. malgré tous les livres lus ici aussi expliquant qu’il faut dialoguer avec les petits. Le « parce que c’est comme ça » est, selon moi, non seulement utile et efficace mais nécessaire. On a tout loisir de négocier plus tard…. Grave.

  2. Moi aussi j’ai pris des notes…et rlu 2 fois pour être sûre de m’en rappeler!
    Merci de cette anecdote de la vie courante.

  3. Comme je me suis marrée en lisant ce billet … et quelle habileté Cécile bravo encore ! Je repasse ici d’ici quelques années pour bien verrouiller le truc avec mes futurs ados ;-))

  4. Cool ! T’es une chouette mam’s.
    Je n’ai pas hâte que l’adolescence arrive. J’ai un peu peur de comment nous allons gérer ça mais d’un autre côté je me dis que nous serons nous, dans la même optique que maintenant.
    Nous essaierons d’inculquer nos valeurs (avec les compromis qui vont avec) et puis on verra bien…
    J’aime beaucoup ton analyse Allô Cécile Rufo ? 😉

  5. Je suis RAVIE de voir enfin quelqu’un avouer avoir pratiqué le « parce que c’est comme ça ». Parce qu’avec des petits, tout ne doit pas être sujet à discussion sans fin, au final, nous avons la responsabilité de ces enfants, et les décisions nous reviennent. Et puis parce que quand ils sont nombreux, on n’a pas forcément ni le temps ni l’énergie de justifier chaque demande/geste/parole.
    Ce qui ne les empêche pas, ados, de déployer des trésors d’inventivité dans la négociation, on pourrait les emvoyer à l’ambassade de France en Syrie tellement ils sont bons (avec tous la même erruer de débutant de croire qu’on n’a pas été ado pas plus tard que l’année dernière eh eh). Mais au moins, ils savent reconnaître un non ferme et non négociable.

  6. c’est tellement vrai qu’ils ne demandent plus mais imposent !
    j’adore le ‘ouai y’a moyen’.
    C’est cool tu arrives à tes fins

  7. Merci beaucoup, je n’en suis pas encore là (j’ai 2 garçons de 8 et 11 ans) mais ça permet de voir venir!
    Par contre, j’ai une question : pour le portable, les tiens l’ont eu à quel âge? Mon plus grand me tanne pour en avoir un (au prétexte qu’il est le seul de CM2 à ne pas en avoir) mais je n’en vois pas l’intérêt y compris pour le collège (je bosse donc dans tous les cas, il devra y rester jusque 17h)
    merci d’avance

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