Mais qui sont les gros nazes dans cette histoire?

Il y a quelques jours, j’ai reçu, parmi les 100 mails que je reçois tous les jours parce que j’ai le privilège d’être référencée dans des annuaires de parent de famille nombreuses, ou de blogueurs, ou des deux, un dossier de presse pour un livre. Je lis toujours ce type de mails, par curiosité.

Aujourd’hui, j’ai reçu la revue de presse de ceci:

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J’ai lu le titre, le dossier de presse, et le « florilège » avec les meilleurs extraits. Je ne mettrai ici que la photo de couverture. Le reste est totalement pathétique.

Pourtant je pense avoir une bonne dose d’humour, et parfois je comprends le second degré, voire le 3ème degré. Et j’ai 3, et presque 4 ados à la maison.

Etre adolescent, on y est tous passés, et nos enfants y passeront tous. C’est une période évidemment pas simple où le corps change, où sorti de l’enfance il faut commencer à imaginer sa vie de demain avec pas mal de pression, c’est le moment que les orthodontistes choisissent pour leur refaire le sourire. C’est aussi cette période où il faut se forger sa propre personnalité en prenant du recul par rapport à l’éducation qu’on reçoit. En passant par la confrontation, l’échange, le questionnement. C’est la période des premiers amours, à la vie à la mort. Et c’est surtout la période où les parents projettent leur propre adolescence sur leurs enfants. Ils se rappellent les ados qu’ils ont été. Soit ils souhaitent à tout prix que leurs enfants passent à travers sans heurts, soit ils souhaitent que leurs enfants les épargnent d’une adolescence similaire à la leur.

Dans les 2 cas, ils sont au taquet pour suivre l’adolescence des enfants, parfois un peu désarmés ou fragilisés.

Oui ça fait beaucoup de changements pour l’enfant, et peu de temps. Un peu de fragilité aussi. Et un vrai besoin de repères forts et ancrés pour leur apprendre à se positionner. Pour qu’il y ait des limites à dépasser, ou des interdits à remettre en cause. Ou au contraire pour s’y réfugier.

Alors quand deux auteurs personnes, parents en plus, osent traiter du sujet de l’adolescence en titrant « mon ado est un gros naze mais je l’aime », c’est d’un irrespect et d’un humour ton totalement au ras des pâquerettes.

Une manière de prendre le sujet à la rigolade pour que ça passe plus facilement? Un moyen de se déculpabiliser de ne pas être le parent idéal dont l’ado file doux? Une aigreur mal gérée à voir ses enfants prendre de la distance et s’approcher doucement de l’âge adulte? Une honte non avouée de ne pas comprendre tous ces bouleversements qui changent le tempérament de nos ados? Autre chose?

En réalité, je n’ai même pas envie de le comprendre. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont des loques avec boutons et appareils dentaires. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont en rébellion. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent faire de leur vie. Je n’aime pas qu’on dise des ados qu’ils sont des gros nazes.

Je n’aime pas ces jugements de valeurs et ces étiquettes qui viennent d’adultes qui posent un regard critique sur nos enfants. Ou sur les leurs. Ces jugements qui ne donnent pas envie de grandir ou de changer, et surtout pas de devenir adulte, pour un jour peut-être leur ressembler?

Les ados d’aujourd’hui ne sont ni pires ni meilleurs que ceux que nous étions. Si ce n’est qu’ils ont besoin d’une bonne dose de confiance pour avoir envie de grandir dans une société qui leur propose un avenir professionnel difficile, ou chaque jour une nouvelle loi vient sanctionner, pénaliser, interdire, limiter. 

Et de respect. 

Et d’enthousiasme.

Et d’optimisme.

Alors j’ai juste envie de me mettre au niveau de ces auteurs et de leur dire, comme dans la cour de récréation: C’est celui qui dit qui y est!

26 Comments

  1. C’est juste un problême de vieux aigries : il y a aussi les gens de 60 ans qui aiment bien taper sur ceux qui en ont 30 de moins (on ne travaille pas comme eux, on passe trop de temps sur les réseaux sociaux, on ne sait rien faire sans nos smartphones, on ne lit plus de livres papier…)… C’est l’éternel combat génération X vs génération Y. Tes enfants (qui sont plutôt des Z hein ?) n’ont pas fini d’en entendre.

    Ceci dit j’ai observé 2 personnes passés par des moments bien galères : mon plus jeune frère, ado pas du tout soutenu et un gars handicapé qui marchaient mais avaient d’autres problèmes. Il avait 3-4 ans de moins que moi et semblait complètement englué dans sa vie où rien n’allait droit..
    Comme je ne savais pas vraiment aider, j’ai essayé de leur dire « faut faire ça, ah bah fait ça comme ça… ». J’ai réalisé deux trucs : d’une part je ne pouvais pas contrôler la situation pour eux, d’autres parts les laisser faire leur choix et cheminer à leur manière a été le plus efficace.
    Il faut juste avoir confiance dans les gens, même si ils résolvent les problèmes d’une façon qui nous semblent complètement hallucinantes.
    Ca doit aussi marcher entre les différentes générations.

    Bon je ne sais pas si je ne suis pas un peu limite hors sujet mais j’ai toujours du mal à ne pas sortir des cadres moi…

  2. Je suis toujours autant ravie de te lire…
    J’aime ton ton posé et ta prise de recul face à l’éducation de tes enfants.
    J’aime ta prise de responsabilité et les moments où tu lâches la pression, pour le bien de tout le monde et pour ta santé mentale…
    J’espère pouvoir moi aussi atteindre un équilibre semblable dans ma vie de maman !

  3. Quel bonheur de lire ça !!! Je suis totalement d’accord avec toi. Et j’ai 3 ados à la maison 😉 J’avais aussi trouvé nul « La femme parfaite est une connasse » (aucun rapport si ce n’est un titre provocateur et des propos au ras des pâquerettes…) Bref, cette mode m’insupporte. Je suis ravie de retrouver ton blog que j’avais, un temps, perdu de clic 😉

  4. Tout à fait d’accord avec vous. Je passe mon temps à expliquer, à mes enfants en premier, que les adolescents ne sont pas obligés de correspondre à la caricature qui est fréquemment véhiculée (médias, films, TV…)
    Je ne sais pas si c’est grâce à ça mais, pour l’instant, les miens sont plutôt « bon esprit », pas rebelles, pas murés dans un silence hostile, pas obnubilés par les copains, la mode ou le sexe opposé.
    Pour bulle d’O, je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fameux « la femme parfaite… ». Je l’ai lu et j’ai été atterrée par tant de bêtise et de vulgarité. Son succès reste pour moi un vrai mystère.

  5. mais qu’il est nul ce titre !
    j’ai un tout juste majeur et deux ados à la maison et j’en ai un bien gratiné en ce moment !
    il va avoir 14 ans le 19/12 et oui il est ch…..au possible mais adorable !
    çà ne me viendrait pas à l’idée de lui dire que c’est un gros naze !

    encore des billets j’adore ta lucidité , ta bienveillance vis à vis de ta famille !

  6. Bonjour, j’ai découvert ton blog il y a peu de temps, au hasard de pérégrinations… Un bonheur de lire les billets récents et plus anciens. Famille nombreuse chez moi aussi, 4 enfants dont la plus grande a treize ans et dont je ne sais pas s’il faut l’appeler pré-ado, ado en devenir, ado… ou plutôt si, je sais : ado-rable lui va bien… en tout cas merci de ton billet, tu remets les choses à leur juste place !

  7. Super article. moi je déteste aussi qu’on stigmatise tout par ce que ado ! J’ai même entendu, « c’est rien il est en pré-adolescence », l’enfant avait 7 ans ! Où va-t-on ? L’adolescence n’est pas non plus une excuse pour tout. Mon fils n’a que ce mot à la bouche, il va être ado. Et alors, ça va changer quoi ? C’est comme ceux qui font tout un plat de leur 18 ans ou ceux qui ne veulent pas qu’on leur fête leur 40 ans. Qu’est-ce qui change entre la veille et le lendemain ?

  8. Rien qu’à cause du titre, je n’achèterais pas ce livre !! C’est d’un mauvais goût …. Et si les ados écrivaient « Mes parents sont des gros cons… » ?? … enfin, après tout, si ça leur rapporte du pognon comme ça en rapporte aux auteurs du livre, pourquoi pas !?

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