Et si tu changeais de vie?

« Ben qu’est-ce qu’elle a ma vie? »

Première réaction à la lecture du mail reçu en plein confinement.

J’ai eu toujours beaucoup de chance dans ma vie professionnelle. Depuis que j’ai signé mon contrat au siècle dernier dans l’industrie automobile, j’ai enchaîné de belles opportunités, je me suis fait plaisir, j’ai pas mal progressé. J’ai eu la chance de pouvoir prendre 10 ans de pause pour m’occuper des enfants, d’adapter mon temps de travail à mon retour pour reprendre un temps plein progressif. J’ai rencontré sur mon parcours des personnes qui m’ont fait confiance, un management bienveillant, j’ai travaillé sur des projets enthousiasmants. J’ai toujours eu de la marge d’initiative et du soutien, dans une entreprise qui m’a toujours fait confiance, et réciproquement. Depuis presque 30 ans.

Bon, pour être tout à fait honnête, c’est plus compliqué depuis ces 2-3 dernières années. Une pression un peu plus forte, un environnement de travail qui à mes yeux s’appauvrit en relations et richesse humaine, une charge de travail surdimensionnée par rapport à ma carrure mais ouf, je suis d’un tempérament optimiste, avec une belle réserve d’énergie. En plus, je m’amuse, j’aime ce que je fais, et je trouve que ça a du sens. La conciliation avec la vie familiale roule à peu près bien, je suis devenue une adepte du blurring et cela me convient bien. Le télétravail compense les longues journées au bureau.

Et puis, pendant le confinement, arrêt brutal. Chômage partiel, interruption de tous les projets en cours. Je sais que je ne suis pas indispensable mais le choc a été vraiment fort.

Et là-dessus ce mail « Et si tu changeais de vie? »

Joint à ce mail, il y avait un appel à candidature pour un poste de secrétaire générale adjointe d’une association dont les thématiques d’action sont l’accueil de l’étranger, l’enfance, la jeunesse, l’entraide, le handicap, la lutte contre l’exclusion, la santé, les personnes âgées.

Alors oui, j’ai décidé de répondre à l’appel à changer de vie. Parce que je n’en ai qu’une. Malgré la culpabilité que j’ai pu ressentir en choisissant de quitter l’entreprise qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui sur le plan professionnel, après 27 ans. C’est assez vertigineux. Si on m’avait dit l’hiver dernier que je changerais de vie, j’aurais ri. Si j’avais reçu cet appel à candidature l’hiver dernier, je ne l’aurais pas lu. Parce que changer de vie nécessite de prendre le temps de se poser, pour prendre le temps d’arrêter la fuite en avant, se questionner sur le sens de sa propre vie. Le truc qu’on ne fait pas quand on a un métier prenant et une famille nombreuse. Le confinement en a été l’opportunité.

Et je me suis accordé de le faire. J’ai choisi d’échanger avec mon entourage très proche, et mes enfants. Non seulement sur le sens que pouvait avoir un tel changement de vie pour moi, mais aussi sur les risques, quand on porte la responsabilité financière d’une famille. Et puis, plus rationnellement, j’ai actualisé mon CV. Puis méthodiquement, j’ai aligné les compétences attendues et mes compétences. Comme ça matchait plutôt bien, je me suis dit qu’écrire une lettre de motivation serait décisif dans la démarche. Si je devais suer 2 semaines pour la rédiger, ce n’était pas bon signe. Je l’ai écrite d’un jet, en 30 minutes. Probablement parce qu’il s’agissait de montrer ma motivation pour un poste que je choisissais avant tout parce qu’il était en phase avec des aspirations plus profondes qu’un alignement d’un savoir-faire avec des compétences attendues.

Et j’ai candidaté.

J’ai vécu le processus de recrutement comme un vrai moment de vérité. J’ai pris le temps de préparer chaque entretien. Ils ont été nombreux. Mais à 50 ans, on sait qui on est, on sait pourquoi on est là, on connait ses limites et ses forces. Et comme j’avais déjà un job, je pouvais m’autoriser une totale sincérité, et me mettre un peu moins la pression (encore que…). Une fois lancée, je me sentais prête et convaincue d’être celle que ce poste attendait.

Et les planètes se sont alignées.

Finalement ce que j’avais le moins anticipé, au-delà du sentiment de culpabilité, c’est l’effet d’annonce de mon départ. Partir alors qu’on travaille dans un environnement dynamique, gratifiant, et dans la confiance provoque un choc. J’espère que ma décision a été comprise. Je le crois.

L’aventure commence, elle est à la fois challengeante et enthousiasmante. Elle a vraiment du sens dans mon parcours personnel et professionnel. Les enfants m’ont dit leur fierté et leur joie pour moi. C’était vraiment émouvant, parce qu’il y a plus d’opportunités d’exprimer ma fierté de parent pour mes enfants que l’inverse. Alors c’est chouette qu’ils soient fiers d’un choix que j’ai fait pour moi, avec eux.

Je mesure ma chance, chaque jour!

[J’ai régulièrement écrit ici sur ma vie pro. Et j’ai bien aimé relire les billets écrits avant d’écrire celui-ci]

38 Comments

  1. Mais quelle superbe opportunité et quel billet! Il est très inspirant. Merci d’écrire avec autant d’authenticité et de justesse dans les mots choisis. J’aime tellement ta façon d’écrire les choses de ta vie.
    Une belle aventure semble commencer, c’est chouette. Tu es un très bel exemple pour tes enfants. Ça aussi c’est inspirant. ❤️🙏

  2. Waou….
    C’est complètement énorme !
    Bravo Cécile !
    Sois fière de tout ce que tu entreprends !
    Tu es un vrai modèle pour nous toutes.
    Merci pour tous ces oui que tu fais !
    Puissions nous faire les mêmes un jour.
    Je t’embrasse fort ma chère copine 💛🧡💚

  3. BRAVO Cécile tu es Une personne Extraordinaire , depuis toujours ! Tous ceux , toutes celles que tu vas rencontrer ont beaucoup de chance . Belle nouvelle vie ! Je t’embrasse .

  4. Bravo Cécile ! en tant qu’ancienne collègue maintenant… je suis très contente pour toi, avec de bons souvenirs de notre petit projet hors du cadre de nos missions respectives ces dernières années. Je suis sûre que tu feras preuve du même engagement dans ton nouveau job et que tu vas t’épanouir dans cette nouvelle vie aux couleurs de belles valeurs ! Bises « en wifi ».

    1. Ohhh ça me fait plaisir que tu m’aies laissé ce message:) je m’éclipse discrètement, et j’espère qu’on restera en contact, au-delà de nos projets de wepiennes auxquels j’ai pris beaucoup de plaisir! je t’embrasse

  5. Ton billet me fait tellement de bien ! On a déménagé cet été, poiur une mutation professionnelle de mon mari. Je fais mon préavis à distance, ce qui me laisse le temps de réfléchir… Et si c était le moment de changer de vie professionnelle aussi ? Et si je sautais le pas ? J ai peur… Mais j i envie !

    1. Ah mais voilà une belle occasion pour se poser les bonnes questions!
      Evidemment je ne peux que t’encourager à oser 🙂 c’est vrai que c’est un peu de stress mais beaucoup de satisfaction perso!
      Bon courage

  6. Ah mais je suis contente de cette insomnie qui m’a permis de tomber sur ton post IG ! Bravo, c’est magnifique d’oser faire ce pas. Vous faites une sacrée équipe, toi et tes enfants ! 27 ans, tu as bien le droit d’aller voir comment est la vie ailleurs, n’est-ce pas ?

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