C’est sa vocation!

Quand elle avait 10 ans, elle a dû choisir un sujet d’exposé à faire en CM2. Alors elle a dit qu’elle voudrait faire un exposé sur la naissance. Enfin sur la grossesse, mois par mois. Elle s’est entraînée à faire la démonstration d’un accouchement avec un bassin en plastique et un bébé en mousse prêtés par Laurence, avec le cordon ombilical qui tenait par un bouton pression qu’on avait raccommodé à la dernière minute. Tous les parents qui ont vécu des cours de préparation à l’accouchement ont vu ce truc, un objet à se retenir d’accoucher, non?

Je ne sais pas ce qui dans sa vie a déclenché cette vocation. Enfin j’ai bien quelques idées. Alors elle a suivi son bonnefemme de chemin, année après année. Gynéco elle voulait être, puis sage-femme. Parce que mener une carrière de gynéco et mener une vie de femme épanouie, c’est compliqué aujourd’hui.

Il y a eu le bac, et l’algorithme d’APB , et son talent, qui lui ont offert l’accès à la fac qu’elle voulait pour la PACES (1re année commune aux études de santé)

La PACES, j’en ai déjà parlé. 1 an, puis 1 autre de bagne, d’apprentissages abrutissants (et à mes yeux inutiles). De concours blancs et de QCM. De ramettes de papier et de cours sur Internet. De stabylos jaunes, et roses. De post-its dans les toilettes et sur les parois de la douche. De fatigue. De kilos pris puis perdus. De sommeil cassé. De moments de liberté volés et empreints de culpabilité. De perte de confiance et d’estime de soi. De force intérieure pour mieux repartir. De prise de distance avec la vraie vie pendant de longues périodes. De larmes. De fous rires quand les nerfs lâchent et que ça fait du bien. De présence des frères et soeur qui sont là, inexorablement pour les bons et les mauvais moments. Toujours. Et de sa présence pour ses frères et soeur quand c’était nécessaire. Toujours. De silence imposé à tous pour les révisions. De méthodes de travail expérimentées, oubliées, retentées, échouées. De chaises de BU usées.

Et puis l’attente des résultats. Compliquée. A envisager d’autres parcours alors que depuis 10 ans c’est ce seul parcours qui s’imposait à elle. Imaginer un service civique pour découvrir autre chose et changer de prisme.  Accepter ou se résigner à l’idée qu’elle pourrait être heureuse en étant autre chose que sage-femme, ou qu’elle pourrait devenir sage-femme par d’autres passerelles. Mais devenir sage-femme envers et contre tout.

Le mental d’acier acquis pendant ces 2 ans, il a servi aussi à affronter 10 jours de stress, la remontée dans les classements. Jour après jour, heure après heure. Avec le soutien, les doigts croisés, les pensées de tous ceux qui savaient. Et qui y croyaient.

C’est gagné. Admise en maïeutique. Coline est au bout du chemin. Mais juste au début en réalité.

Difficile d’exprimer ce que j’ai ressenti quand elle m’a appelée hier pour me l’annoncer. Soulagement, bonheur, libération, fierté, fatigue etc, bien entendu.

Mais je crois que ma plus belle émotion, c’est celle que j’ai ressentie en la sachant si heureuse. Et ça m’a fait exploser les tripes. Voir son enfant inondé de bonheur est un choc émotionnel fort. Oui on élève ses enfants pour qu’ils soient heureux, c’est une évidence. Elle a 20 ans. Elle est responsable de son propre bonheur. Et c’est irradiant.

Ressentir si fort son bonheur, c’est une émotion rare et absolument bouleversante. Un peu comme la naissance d’un enfant.

 

22 Comments

  1. C’est tellement touchant (et ça semble aussi tellement ubuesque ce parcours). Je souhaite à Coline de s’épanouir pleinement dans sa voie. Je me souviens de mon après-fac, ce moment où je me suis dit « Je ne sais qu’écrire » et si je ne fais pas d’école de journalisme, je fais quoi ? Je n’ai pas fait l’école que je voulais, il faut parfois faire des compromis, prendre les chemins de traverse pour arriver à son but.

    Courage à tous les lycéens qui cherchent leur voie.

  2. Félicitations à elle, je comprends tellement sa joie, son ressenti pour l’avoir vécu aussi … Ces 2 années au bagne sont tellement difficiles, demandent tellement de sacrifices…et comme elle aucun plan B parce qu’au fond de nous on SAIT qu’on va y arriver…
    Longue et belle route à Coline, ce n’est que le début d’une belle aventure !!!!

  3. Mazel tov pour cette belle réussite et bienvenue à ce nouveau début de vie. Je la connais pas la coco mais je suis hyper fier d’elle de loin de Lyon et j’espère que vous allez tous bien. Encore félicitations à cette grande fille qui sait ce qu’elle veut et qui je suis sur va réussir. Encore félicitations à toute la famille qui est toujours à côté et bravo pour tous ces encouragements et toute cette ténacité.

  4. Il y a presque 20 ans, j’entrais en PCEM1 en vue de devenir pédiatre…Du bourrage de crâne en veux-tu en voilà pendant deux ans (parce que téméraire, j’ai retenté une deuxième fois) mais la porte s’est refermée d’un coup…Alors bravo pour sa persévérance et Je souhaite à Coline la plus belle des réussites pour son projet professionnel !

  5. Félicitations à elle, avoir ce concours c’est tellement du bonheur et surtout pouvoir choisir la voie qui nous plaît. Je lui souhaite toute la réussite et le bonheur possible.
    Sage femme c’est un beau métier. Encore félicitations. Belle journée.

  6. Bravo à la miss pour sa persévérance. C’est beau d’avoir une vocation, et se donner les moyens d’y arriver même quand c’est super dur c’est encore plus beau.
    J’imagine le bonheur de la maman aussi, rien qu’à lire le texte je suis saisie.

  7. Ouah! Félicitations à Coline pour cette belle réussite, qu’elle puisse s’épanouir sur son parcours professionnel. C’est très beau d’atteindre un objectif cher après tant d’efforts !!!

  8. Bravo et félicitations et encore bravo ! Cette part de chance de savoir dans les tripes ce qu’elle veut et cette persévérance de s’accrocher !! Top de top !! Et cette chance d’être tombée dans cette famille là, avec cette maman là. Profitez bien !!

  9. Toutes mes félicitations à l’heureuse diplômée ! Il n’y a rien de plus gratifiant que de voir nos enfants s’épanouir dans le métier qu’ils ont choisi, de constater à quel point ils peuvent s’investir. J’ai vécu ça pour ma fille devenue infirmière il y a 2ans (et j’ai été stupéfaite de la difficulté du contenu des cours !). Longue et belle vie professionnelle à votre fille !

  10. Tellement magnifique ce texte, il m’a donné des frissons et les yeux embués
    Vous décrivez très bien toutes ces émotions qui passent pendant cette année, enfin deux fois dans mon cas, et toujours cette même boule de stress en repensant a cette attente des résultats

    Félicitations à votre fille et bonne continuation pour ce qui n’est que le début

  11. Waw, ton témoignage est très émouvant. C’est très beau. Il m’a fait penser à ma propre histoire. J’ai le souvenir de ma mère qui me soutenait nuit et jour lorsque j’étais encore en années d’architecture. Bravo pour cette belle victoire. Le meilleur reste à venir. EM.

  12. Bravo Coline !
    je ne suis pas d’accord avec toi pour le coté « inutile » de cet apprentissage abrutissant. Je suis passée aussi par le coté prépa puis concours. et oui, j’ai détesté ça. Mais clairement, dans tout ce qui est médical, il faut une ENORME capacité à ingurgiter rapidement toutes les infos pour pouvoir aussi vite les analyser par la suite. ET il vaut mieux savoir vite si on en sera capable ou pas. c’est un entrainement mental. Quand tu es passé par là, après tu retiens tout plus vite et mieux. Et c’est ce qui est indispensable après : en 1/4h de consultation, ton cerveau doit être capable de retenir le dossier du patient, son examen clinique, ce qu’il te dit/raconte, de l’analyser en fonction de tes connaissances et de donner un diagnostic ou au moins une conduite à tenir pour la suite. sans cet entrainement, ce n’est pas possible.

    1. coucou!
      1000 fois d’accord sur un truc: elle a appris à apprendre, à gérer son temps, à repousser ses limites physiques de résistance au stress, aucun doute là-dessus 🙂
      Mais sur le contenu…. Je pense qu’il n’en restera pas grand chose. On ne lui a pas demandé de réfléchir, de produire du contenu, d’analyser des cas, de prendre du recul. Sans parler d’évaluer sa motivation, ou son humanité, ou sa capacité d’empathie, rien de tout ça… alors je suis dubitative sur le truc.
      Mais c’est passé, et c’est ça qui compte aujourd’hui

  13. Toutes mes sincères félicitations à Coline ! Elle va vivre un métier passionnant !
    Merci – encore – Cécile pour tes textes magnifiques 🙂 Nous sommes ici aussi en attente de résultats .. qui nous feraient tellement de bien s’ils étaient positifs ! je t’embrasse !

    1. Ohhh coucou Christiane, tu fais partie de ces lectrices du premier jour dont j’attends presque les commentaires !
      Résultats de ? Je croise les doigts (je sais faire maintenant) et t’embrasse aussi

      1. Oh merci Cécile ! Pour l’aîné , résultat de Capes SVT hier est négatif :/ Le second passe les concours d’administrateur et d’ attaché territorial , les résultats ne sont pas tout de suite . Nous avons si hâte de voir nos enfants heureux ,épanouis dans leurs vies professionnelles et affectives , indépendants , ça tarde un peu ..
        🙂 Je pense à vous pour le bac dans 2 jours ! Très bel été à tous et toutes !

  14. Bravo, Coline !
    Je partage tes doutes sur la PACES… Un beau gâchis à mon sens et des critères de réussite souvent plus que contestables !
    C’est vrai que voir ses enfants heureux et épanouis dans leurs études est un vrai cadeau !
    Nous apprécions cela tous les jours avec notre aîné !
    Pour la seconde, nous sommes dans une période d’oraux de concours, puis ce sera l’attente des résultats… Les premiers écrits avaient démarré fin avril. Il faut avoir les nerfs solides !
    Et dire qu’il restera les choix et orientations des 2 derniers ensuite !

  15. Un grand bravo à ta fille! Je suis totalement admirative du métier de sage-femme depuis que j’ai accouché de mes 2 enfants (notamment du 2ème en « maison de naissance », ce sont de vraies héroïnes! Et je suis heureuse pour toi, que j’ai grand plaisir à lire!

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