11 mars: ne garder que le meilleur

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Cela fait 12 ans aujourd’hui.

Il reste des souvenirs qui s’estompent d’année en année. Je me souviens qu’au début, j’avais peur que les souvenirs disparaissent, j’avais peur d’oublier.

Je n’idéalise pas. Je ne me demande pas chaque jour ce qu’il serait, ce qu’il ferait, ce qu’il aimerait, ce qu’il dirait. Son histoire s’est arrêtée le 11 mars 2004. 

Je ne pense plus à la douleur, au manque, à la tristesse, aux larmes, au vide. Le temps a passé, je me suis relevée, j’ai accordé le temps et l’énergie nécessaires pour trouver la place que je pouvais accorder à BB5.

Je me demande parfois si un deuil est un jour terminé. Je n’ai pas la réponse. Un deuil, c’est une période triste, et je ne suis pas triste. Je suis même heureuse, bien ancrée dans mon présent, bien vivante.

Et chaque année, j’aime regarder en arrière autour du 11 mars pour voir ce chemin parcouru qui aide tant à aller de l’avant. Pour n’y chercher que le meilleur.

Le meilleur? Qu’est-ce que ça peut être le meilleur quand on a perdu un enfant?

Le meilleur c’est ce sms que j’ai reçu de Lo hier soir. Lo que j’ai rencontrée pour la première fois ce 10 mars 2004 au soir. 

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Une amitié solide, tendre, sincère, durable, de celles que l’on compte sur les doigts d’une main dans une vie, née la veille d’un jour si douloureux, de ceux que l’on compte sur les doigts d’une main dans une vie.

Je n’oublie pas. Je ne garde que le meilleur.

 

 

Une journée normale, ou presque

March 2015 - Calendar

Un réveil vers 7h00 ou presque.

Un petit-déj avec des tartines de pain frais, ou presque.

Les enfants partent à l’heure à l’école, ou presque.

Je me concentre sur mon boulot, une tonne à faire, ou presque.

Je file remplir un caddie avant le déjeuner. Je n’oublie rien, ou presque.

Je comate un moment après le déjeuner, et je m’endors, ou presque.

Les activités du mercredi s’enchainent, comme d’habitude, ou presque.

Je fais un gâteau pour le dîner de ce soir, comme chaque année, ou presque.

Je reçois quelques messages qui me touchent, ceux qui savent, ceux qui le disent, ceux qui y pensent. Presque tous. Ou presque.

Chacun des enfants a prononcé son nom aujourd’hui, ou hier, plusieurs fois, ou presque.

Ce 11 mars est une journée normale. Ou presque.

 

 

C’est bien quand on en parle, de l’interruption médicale de grossesse

Je vous ai déjà parlé de BB5, ce grand frère d’Elise et Jonas, resté tout petit. J’ai raconté que nous avions 6 enfants vivants et 7 en réalité. Pendant 8 ans, j’ai donné de mon temps et de mon énergie pour l’association Petite Emilie, qui soutient et accompagne des familles confrontées à un deuil périnatal.

La relève assurée, j’ai pris du recul mais dans mon coeur de mère, je n’en prends pas.

Sur France 5, Les Maternelles en parlent très régulièrement, fidèlement, et avec toujours beaucoup de pudeur et de justesse.

Et mercredi, c’est (le beau et drôle) Michel Cymès qui a traité du sujet dans le magazine de la santé.

Je vous offre le lien, c’est super réussi, c’est très émouvant, c’est très juste, c’est à partir de la minute 26′ à quelques secondes près.

Merci Peggy, Mathieu, Mme Soubieux, vous êtes formidables.

http://www.pluzz.fr/le-magazine-de-la-sante-2012-11-28-13h40.html

Vous pouvez aussi partager ce billet, parce que chacun d’entre nous connait quelqu’un dont le bébé est mort avant de naître, et que cette personne saura ainsi que vous n’avez pas oublié.

Ce petit et grand frère, resté tout petit…

La veille, je suis partie à la maternité, en fin d’après-midi.

Nous avons laissé nos 4 enfants avec leur grand-mère, Noé avait une gastro, il avait 21 mois. Maël, Coline et Basile avaient 7 ans, 5 ans et 3 ans.

J’étais enceinte de 25 semaines.

Depuis l’échographie morphologique, et l’amniocentèse, nous savions que BB5, était porteur de trisomie 21, et d’une malformation cérébrale. Il bougeait dans mon ventre, et depuis l’annonce, je ressentais chacun de ses mouvements comme un coup de poignard.

Quelques jours pour réfléchir, pour imaginer, pour se poser toutes les questions possibles, pour pleurer, pour choisir, pour espérer, pour essayer d’y croire encore, pour décider.

BB5 est né sans vie; il pesait 820 grammes. Il était beau. Il ressemblait à ses frères et soeur. Il était notre fils. Nous étions ses parents.

Ce 11 mars 2004, je me suis demandé comment je survivrais à une telle douleur.

Elise et Jonas sont nés 10 mois après BB5, la nature nous a fait un clin d’oeil magnifique en nous offrant ces 2 petits miracles. En naissant, ils ont mis à la lumière le trou béant laissé par BB5.

Depuis le 11 mars 2004, nous savons combien tenir un enfant vivant dans nos bras est un miracle, nous mesurons la chance que nous avons d’avoir nos 6 enfants avec nous.

Avoir 6 enfants vivants, et 7 en réalité.

Depuis 8 ans, je cherche à donner du sens à l’histoire de BB5, alors qu’elle est insensée. Et Petite Emilie m’y a aidée, par le soutien que j’y ai reçu et par l’engagement que j’y ai pris pour accompagner des parents, former des professionnels de santé, faire connaître le deuil périnatal, animer un groupe d’entraide, faire avancer les pouvoirs publics, communiquer, etc.

Aujourd’hui je laisse ma place de présidente pour d’autre projets à venir, et parce que je vais bien, très bien.

Pas un jour ne passe sans que je pense à BB5 et ça, c’est bien. Il fait partie de ma vie, il tient une vraie place, la place qui lui revient. Alors je me retourne, je regarde le chemin parcouru, et je me tourne vers l’avant et j’ai juste envie d’avancer.

Mais j’en ai pris pour perpétuité, et si cela me permet de ne pas oublier, alors je l’accepte.

C’était il y a 8 ans, aujourd’hui.

Il y a un an, l’équipe des Maternelles m’avait fait le cadeau de m’inviter sur le plateau lors de son émission sur l’IMG. Les Maternelles donne chaque année la parole à des parents endeuillés, avec beaucoup de talent, de douceur, de respect, de chaleur, alors merci!

En écrivant ce billet, je pense aussi à Mirabelle, Caroline, Sandra, Gwenaëlle, Andréa, Melina, Laure, Adeline, Séverine, Caroline, Julie, Armelle, Emilie, Peggy, Mathilde, Sophie, Manuella, Caroline, Estelle, Cécile, Valérie, Céline, Capucine, vous êtes des mamans, des mamans étoilées. Et je pense aussi à Lo et Jeanne, très fort.

http://www.petiteemilie.org/

http://association-Petite-emilie.donnerenligne.fr/ Ahh oui, ça c’est le geste indispensable pour que Petite Emilie puisse continuer à accompagner des familles, à éditer des outils, à organiser des formations dans les maternités et écoles de sages-femmes, à faire connaître l’association, etc.

 

 

L’émission du jour

Aujourd’hui est diffusée sur France Culture une émission de 53′ consacrée au deuil périnatal.

C’est vrai qu’il faut via ce blog faire connaissance avec ses lecteurs et lectrices, alors j’en profite pour vous dire que je préside depuis bientôt 3 ans l’association Petite Emilie, qui accompagne des familles confrontées à une Interruption Médicale de Grossesse ou un deuil périnatal. J’écrirai une chronique sur le sujet, mais là, l’actualité, c’est ce documentaire, préparé avec une journaliste curieuse, enthousiaste, courageuse, émouvante, intéressante.

J’ai hâte d’entendre le résultat, le « réseau » autour de Petite Emilie s’est beaucoup impliqué pour la richesse de ce documentaire. Ce sujet est trop rarement abordé pour qu’on passe à côté quand il l’est.

Voilà le teasing,

…..

C’était incroyable de justesse, d’émotion, de respect. Je suis émue de voir le chemin parcouru par Petite Emilie en 8 ans.

C’est à écouter en Podcast

Merci