A comme Amour maternel

 

 

 

C’est vrai que je me suis souvent posé la question, au fur et à mesure des naissances des enfants: comment fait-on pour aimer autant d’enfants? Comment fait-on pour leur distribuer assez d’amour à chacun, et comment fait-on pour les aimer autant les uns que les autres?

Et puis, de toute manière, si je ne m’étais pas posé la question, les enfants s’en sont chargés avec ces questions à 2 balles qui tombent à froid: «Mam’s, qui tu aimes le plus?», «Mam’s, est-ce que tu aimes plus lesT petits ou les grands?» «Mam’s, c’est qui ton préféré?» Et là, il est impossible de répondre juste: «je vous aime tous pareil», parce qu’ils savent bien que ça sent la réponse toute faite, et que cela mérite quelques explications supplémentaires.

Bon, en fait, ce qui est rassurant, c’est qu’on peut aimer autant d’enfants qu’on en a, c’est un peu comme si le coeur grossissait avec le nombre d’enfants (là, je comprends mieux pourquoi je n’ai pas perdu tous mes kilos, rhôôô la bonne excuse qui ne marche pas, parce que le coeur ne se situe pas au niveau des hanches).

Tant que j’étais enceinte, ça me semblait un peu virtuel tout ça, et j’ai toujours eu cette sensation bizarre de l’alien (pardon) qui se développait dans mon ventre, en toute indépendance, pompant ce dont il avait besoin quand il en avait besoin (la meilleure preuve c’est que les enfants pesaient de 2,5 kg à 4,8 kg, ils se sont donc servis au bar pendant 9 mois en fonction de leurs besoins).

Le pire dans le genre «alien virtuel» a été l’écho 3D où j’ai vu Noé à 5 mois de grossesse, un cauchemar. Pardon pour tous les parents qui arrivent à s’extasier devant la magie de l’écho 3D, pour moi c’était juste la 4ème dimension. Non merci, Docteur, je ne veux pas de cliché pour coller dans son album.

Alors l’amour, là-dedans… Ok je les aimais déjà, et dès un test de grossesse positif, chacun de nos enfants faisait déjà partie de nos vies ; De là à parler d’amour maternel inconditionnel, il y avait un grand pas.

Une fois nés, j’en suis tombée raide dingue, et je me suis chaque fois demandé comment on faisait pour vivre sans eux, avant. L’amour maternel évident, quoi. Pas le dernier-né plus que les autres, pas moins que les autres, juste autant que les autres, simplement. Et hop, une extension du coeur pour ce nouvel enfant. Et je mesure ma chance, car je sais combien cette alchimie peut parfois mettre du temps à se mettre en place, pour certaines mères, et la souffrance que cela représente.

Pour autant, les années passant, je me demande si je peux aimer chacun de mes enfants de la même façon. Ils sont tellement différents, ils n’ont pas les mêmes âges, ils n’ont pas les mêmes talents, ils n’ont pas le même humour, etc. Donc je ne peux pas les aimer de la même façon ; Mais je les aime autant, chacun me manque autant lorsqu’il n’est pas là. D’ailleurs c’est un truc assez dingue que j’expérimente régulièrement: Quand un des enfants part quelques jours, qui qu’il soit, il me manque et pourtant, mazette, il en reste 5, non? Enfin, j’ai déjà écrit sur ce sujet, .

Alors voilà, non je n’aime pas mes enfants de la même manière, parce qu’ils sont très différents les uns des autres; je les aime pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils deviennent en grandissant. J’ai la même dose d’amour maternel à donner à chacun de mes enfants. Et je n’ai jusqu’à présent sûrement pas distribué une dose d’amour identique et linéaire à chacun. Nos enfants ont des besoins différents à des moments différents, et moi, j’essaie de m’adapter.

Par exemple, Jonas entre 6 mois et 2 ans faisait des masques, d’abord au babyhaler, puis avec un babyhaler électrique toutes les 4 heures, avec réveil la nuit et tout le toutim, et séances de kiné chaque jour (oui chaque jour). Traumatisant pour moi, et sûrement pour lui aussi: J’ai dû lui donner une dose d’amour sûrement plus forte pendant cette période-là. Ou lorsque Maël, à 4 ans, à l’occasion d’un déménagement, s’est mis à bégayer fortement; Où encore quand notre quichette s’est cassé les 2 bras, et je pourrais citer des exemples multiples pour chacun des enfants.

Et puis il y a autre chose, et c’est une phrase que Bruno nous dit souvent: «Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour».

A quoi cela sert-il de dire à ses enfants tous les jours qu’on les aime? ça rassure? ça disculpe? ça console? Qui? Eux ou nous?

Les embrasser, leur faire des compliments, les regarder, les écouter, rire avec eux, leur donner la main, les admirer, les consoler, leur poser des limites, les preuves d’un amour maternel inconditionnel sont illimitées, non?

10 Comments

  1. « Madame Daloz, j’ai tout compris : l’amour c’est pas un camembert. Voilà, j’adore le camembert. Avant la naissance de mon frère et de ma soeur, papa et maman voulaient bien que je mange la moitié et ils se partageaient l’autre moitié. Maintenant, mon frère et ma soeur aiment aussi le camembert, alors je n’ai plus qu’un petit morceau. C’est pour ça, je croyais que l’amour, c’est comme le camembert : plus on était, moins on avait. »
    Danielle Dalloz, un peu étonnée, lui demande :
    « Maintenant que tu as compris que l’amour n’est pas du camembert, qu’est-ce que c’est à ton avis ? »
    Grégory prend une feuille, dessine un coeur et dit :
    « Je ne peux pas vous le dessiner vraiment parce que, en vrai, l’amour ça serait un coeur avec un élastique qui ne craque jamais : plus on met de l’amour dans le coeur, plus il y a de la place dans le coeur. Vous comprenez pourquoi l’amour, c’est pas du camembert ? »
    pour moi aussi chaque « part » que je mets ds mon coeur est différentes selon, l’heure, le jour, l’histoire du moment, mais l’essentiel c’est que cette « part » y trouve sa place

    Ou comment dire en une histoire ce qu’il m’a fallu un bon moment pour formaliser! Donc oui, c’est ça:)

  2. Cecile, comme toujours, tu sais trouver les mots justes…. Apres avoir eu mon ainé, j’ai mis du temps a décider d’avoir un deuxième enfant car je me disais que jamais je ne pourrais aimer un autre enfant autant que celui la… La maternité (ou plutôt la parentalite?) nous apprend qu’ on est capable de cela comme de bien d’autres choses d’ailleurs. Et cette photo que tu as choisie m’emeut, tu le comprendras. D’ailleurs je file, ya deux petits estomacs qui se réveillent 🙂

    Merci Pat! et aujourd’hui tu en aimes 4, comme tu as aimé le premier, et c’est magique, non?

  3. c’est ce que je me suis dit aussi à cahque naissance « je suis raide dingue de ce(s) bébé(s) » et suis complètement d’accord sur les preuves d’amour. Vraiment j’essaie de ne pas me laisser bouffer par le rythme et de prendre le temps de les complimenter, les encourager, les écouter. Mais c’est pas facile, ils sont tellement « collés-serrés » que prendre du temps pour chaque enfant c’est pas toujours évident.

    argghhh Sabine, je sais que ce n’est pas facile, je l’expérimente aussi avec 6 en 8 ans (j’aime bien l’expression « collés-serrés »); le moment du coucher, c’est pas mal, même si parfois, j’ai envie de super abréger pour enfin me poser 🙂

  4. Lundi je vais apprécier ce moment avec T, parce qu’il a fait un truc super.
    Mardi, je vais câliner E un peu plus, comme ça, juste parce que le moment s’y prête bien et qu’on a 2 mn.
    Mercredi, N me fait chavirer avec un « t’es la meilleure des mamans ma mamounette chérie »…
    Et jeudi, et vendredi, et samedi…
    Pour les enfants c’est abstrait cette histoire d’amour globalement équilibré entre la fratrie, car pour eux, la vie est manichéenne : tu aimes, tu n’aimes pas, tu préfères forcément, tu hiérarchise (mais c’est aussi ce qu’on leur apprend à faire, hein !), tu classes.
    Pour les adultes, c’est plus évident.
    Mais il reste cette zone d’ombre pour les adultes non initiés (ces p’tits veinards) de celui ou celle qui n’est pas sur les photos de famille et qu’on aime aussi, à notre façon, parfois clandestinement.

    ton dernier paragraphe m’émeut vraiment, tu as tellement raison.

  5. J’ai lu qu’aimer pareil c’est aimer moins, avec le parallèle du mari qui dirait à sa femme qu’il l’aime autant qu’il aime sa mère. Je crois qu’il est sain de dire à nos enfants non pas qu’on les aime tous pareils mais tous pour ce qu’ils sont, avec chacun le petit truc qui nous fait fondre ?

    C’est très juste, et je fonds beaucoup 🙂

  6. C’est un billet magnifique qui me donne envie d’aller embrasser ma monstraille 😉
    Et puis, il fait un pied-de-nez à cet auteur qui veut absolument nous faire admettre que chaque parent a un chouchou (il s’est empressé de préciser « sauf moi » pour ne pas peiner ses filles) alors que je suis pleinement d’accord avec toi. On les aime tous autant mais chacun à sa manière 😉
    Merci pour ce joli texte.

    File les embrasser, il ne faut jamais se retenir 🙂 Merci pour ton comm!

  7. En voilà un billet rassurant pour moi qui attend mon p’tit deuxième!

    J’adhère complètement avec le fait que pendant la grossesse on a l’impression d’avoir presque un étranger dans le ventre mais qu’à partir de la naissance l’amour est beaucoup plus évident et on se demande même comment on a fait pour exister sans ce bébé avant!

    Très joli billet, félicitations!

    Euh, un bébé de 4,8 kg, ouah, on doit s’en souvenir longtemps!!!

  8. Bonjour,
    J’ai découvert ton blog via monblogdemaman.com… et j’aime bcp ce tu dégages et ce qu’il en ressort. Je suis en train d’essayer de fabriquer un premier enfant avec la somme des questionnements que cela peut causer. Je suis fille unique, j’aimerais bien avoir deux ou trois enfants mais du coup, c’est un peu « effrayant » tout du moins inédit. Merci pour ton blog et bravo pour ta famille.

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