Depuis 2 jours, je prends le bus

Quand mon bureau a déménagé, on m’a proposé une place de parking. J’ai dit non… Non aux bouchons, non à l’usure de ma voiture, oui à la planète etc.

Je me suis inscrite sur des applis de covoiturage et je scrute les propositions. J’alpague les collègues de ma banlieue pour leur proposer de m’emmener. Un jour ça va marcher.

En attendant, depuis hier je prends le bus. Pour moi le bus, c’est le plein air, c’est des grandes baies vitrées, c’est de la lumière, c’est un petit tour dans le quartier. C’est Londres et ses double-decks rouges, c’est des voies spéciales pour éviter la circulation, c’est le bonheur en fait.

En vrai c’est un peu différent. Très.

Mon arrêt de bus du matin est situé à côté d’une bouche d’égout. Ou sur un réservoir de station d’épuration. A 7h30 le matin c’est compliqué. Le bus est annoncé à 7h37, donc j’arrive à 7h35. Il y en a un annoncé toutes les 20 minutes. Il est passé à 7h45, je n’avais plus de souffle à force de retenir ma respiration, rapport à la bouche d’égout. Je ne sais pas comment il a fait, mais 3 arrêts plus loin il avait rattrapé le bus d’avant.

Je pense que les conducteurs de bus de ma banlieue sont des pilotes de F1 qui ont mal saisi leur voeux dans APB. Ils négocient les virages à la corde en montant sur le trottoir, ou super large ce qui leur impose un méga coup de patin pour éviter le véhicule d’en face. Leur kiff, ce sont les ralentisseurs: ils prennent leur élan avant, debout sur le frein juste devant et passent dessus en tentant le décollage des roues au niveau de l’accordéon.

Quand je monte dans le bus, il y a écrit: « avancez au fond ». La technique est simple: me positionner au milieu du couloir, attendre le démarrage du bus, et la simple accélération me propulse sur les genoux du passager du fond. Direct. S’il y a du monde dans le bus, on s’empile les uns sur les autres, comme les Romains dégommés par Obélix.

Si je reste debout, j’ai parfois les pieds qui décollent du sol, et les abdos (ouf, j’en ai peu) qui me remontent dans la cage thoracique. C’est Space Mountain. Je pense me shooter Mercalm-Cocculine pour affronter chaque trajet, mon estomac n’y résistera pas.

Le combo gagnant, c’est la place assise sur la roue arrière, dans le sens inverse de la marche, clim du bus éteinte. Prévoir le sac plastique.

Mais ils sont sympas les chauffeurs de ma banlieue. A chaque fois qu’ils croisent un collègue en bus, ils donnent un coup de patin pour s’arrêter à sa hauteur et le saluer. Parfois ils font des blagues à des gens qui courent pour monter dedans. Ils les voient dans le rétroviseur, et zouuu ils démarrent juste avant qu’ils arrivent à la porte du bus.

Là, en 2 jours, ça fait 2 fois qu’il ne s’arrête pas à mon arrêt (si, si, j’ai consciencieusement appuyé sur le bouton qui allume la zone « arrêt demandé »). Du coup, je l’alpague pour qu’il s’arrête… et donc… il pile.

Aujourd’hui, j’ai compris. Je me suis placée au milieu du couloir et au coup de frein, zouuuu, j’ai été propulsée d’un coup vers l’avant du bus et la porte de sortie.

Je repars scruter les applis de covoiturage…

 

 

Hommage à U

Il y a d’abord eu Maël, celui que tu as couvé, qui t’a permis de grandir, et lui aussi. Celui grâce à qui je suis devenue mère. Il a fallu forcer la nature, tu l’aurais bien gardé au chaud.

Je t’ai autorisé une petite convalescence avant que Coline vienne y trouver sa place puis le chemin vers une vie extérieure.

Basile s’y est ensuite installé et tu as hébergé ses 4k860.

Noé s’y est épanoui ensuite avec ses 4k2.

Tu as aussi accompagné BB5, témoin et hôte de cette vie qui n’est restée qu’intérieure et protégée.

Apothéose de ta carrière avec Elise et Jonas que tu as tenus au chaud, retenus suffisamment longtemps pour qu’ils arrivent dans nos vies à terme et costauds.

6 histoires de grossesses distinctes et uniques. De la découverte à la naissance, aucune confusion possible entre chaque.

Toi, si petit, si malléable, si présent, si vivant. Toi à l’origine de vraies douleurs et de pures joies. Toi qui malgré ta si petite taille a été de long mois mon centre de gravité. Toi qui a accueilli et préparé la vie de chacun de mes enfants.

Des souvenirs incroyables, et ce sentiment fort d’une histoire accomplie, riche et unique.

Mais là, on va arrêter la séance mélo

Parce que sincèrement, entre toi et moi, depuis la naissance des Jum’s tu n’es devenu qu’un boulet. Tous les mois. Et tout aussi sincèrement, après une aussi jolie carrière, avais-tu besoin de te rappeler à mon bon souvenir en laissant un HPV s’installer? Franchement, zéro reconnaissance pour la place que je t’ai accordée dans mon existence, pour le boulot que je t’ai donné, pour le soin que j’ai pris à te cicatriser et re-muscler. Tous ne peuvent pas en dire autant.

Je n’ai pas pu t’en protéger, de ce HPV. Parce que c’est une pure saloperie. La chance que j’ai eue, c’est que tu ne l’aies pas laissé s’installer à la période où je voulais des enfants. Parce que mon histoire aurait sûrement été complètement différente.

Cela n’arrive qu’aux femmes qui sont multi partenaires,  avec des rapports non protégés blablabla : ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas ma vie. Cela peut arriver à tout le monde, à chacune d’entre vous (pour moi, c’est bon, j’ai donné).

Mes filles sont vaccinées aujourd’hui. Toutes les polémiques autour du vaccin, je ne peux plus les entendre (je ne les entendais pas avant déjà). C’est ma responsabilité de décider de les faire vacciner ou pas. Impossible de porter la responsabilité qu’elles puissent choper un HPV (avec les conséquences qui vont avec) alors qu’un vaccin peut les en protéger.

Un mois de repos post-op, c’est long mais c’était nécessaire. Cela prend finalement du temps de rectifier son centre de gravité!

 

 

Le 20/20

Alors, je les entends déjà, les petites voix qui diront: Ouais ça va, on va pas en parler pendant des jours de ce 20/20 en physique, il suffisait qu’il apprenne son cours et basta!

Et puis au bout de 3 semaines de cours, il ne devait pas y en avoir des masses à réviser quand même!

C’était sûrement des révisions des cours de 1ère alors bon, pas de quoi fouetter un chat!

C’est pour les mettre en confiance, le prof a donné un contrôle facile en début d’année, et ça va se corser, la claque risque d’être costaud.

Mais en fait, je m’en cogne de toutes ces petites voix.

Parce que c’est si facile de toujours trouver des raisons qui expliquent le pourquoi du comment, qui permettent de relativiser, pour mieux et vite passer à autre chose.

Je m’en cogne parce qu’il a le droit d’être heureux, béat, surpris, extatique. Il a même le droit de se la raconter un peu!

Il m’a juste dit « Nan mais là, je suis vraiment content ».

Profite, mon fils, c’est tellement bon. Tellement bon de ressentir de l’estime de soi, de la fierté, de recevoir des félicitations, de s’avaler une bonne dose de confiance, de se sentir bien.

N’écoute pas les petites voix, ne minimise rien, ne relativise rien. Prends tout ce qu’il y a à prendre de ce 20/20 au moment où il arrive. Le reste, c’est une autre histoire, et tu la vivras d’autant mieux que tu sera chargé de tout ce que tu auras pris.

Et même si vraiment je suis fière de toi, en fait, on s’en fout. Ce qui compte, c’est que tu sois fier de toi-même!

Il a revisité la Pinacothèque

La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale…

Dicton familial courant qui permet, lorsqu’on est cultivé mais pas trop, de caser quelques notions dans les dîners familiaux. Généralement ça provoque un blanc, ou des sifflements admiratifs. Moi, j’ouvre des yeux béats d’admiration devant les enfants qui, sur certains sujets, en savent beaucoup plus que moi. Et ils ont des trucs à m’apprendre, et ça, c’est magnifique. Le jour où tu réalises que tu n’es plus la source de savoir et de connaissance des enfants, mais que l’inverse se produit.

Parfois, la transmission de la culture ne passe pas par les moyens traditionnels. Les enfants étant plutôt connectés, on communique beaucoup par Snapchat ou Whatsapp. Un groupe familial auquel s’ajoutent les enfants au fur et à mesure qu’ils ont un portable. On se téléphone peu, mais qu’est-ce qu’on échange….

En ce moment c’est l’éparpillement de l’été. Chacun vit sa vie, et je me réjouis d’avance des retrouvailles.

Pendant que certains revisitent la tarte au citron, Maël a revisité la Pinacothèque de Milan.

Je ne sais pas si nous lui manquions, s’il voulait profiter du Wifi gratuit, s’il cherchait l’inspiration dans chacun des tableaux qu’il voyait. Mais l’interprétation d’une oeuvre artistique est un truc super personnel, pas question de juger. Comme certains s’extasient devant un Vermeer, d’autres sauront parler des heures d’un carré bleu sur une toile blanche.

Alors Maël a fait parler les toiles qu’il avait devant lui, et l’a partagé avec nous. Avec humour et décontraction…

Voilà quelques extraits choisis:

Jetlag et photos Québec

  • Il est 17h00 et je suis en plein Jetlag. Dans ma tête et dans mon corps, il est 11h00.
  • Je suis rentrée ce matin d’un séjour de 2 semaines au Canada, sans enfants mais très bien accompagnée, et au-delà des 1400 photos que je vais pouvoir prendre du temps à trier, classer, supprimer, retailler, il y a cette première journée du retour… Celle pendant laquelle à chaque minute on se dit « mais qu’est-ce que je fais ici? » avec une boule dans la gorge. Je l’ai sentie arriver cette journée, j’ai préféré ne pas l’appréhender.
  • Dès la sortie de l’avion, j’ai reçu ce mail de mon papa m’indiquant qu’une des techniques consistait à essayer de tenir sans dormir le plus longtemps possible, jusqu’à ce soir.
  • Alors voilà mes petits conseils pour contrer blues, jetlag et solitude du retour:
  • Commencer par mettre de la musique: j’ai rallumé l’ordinateur, et j’ai enchaîné Bach, Beethoven, Mozart, Chopin. Fort, en sifflant en même temps (à défaut de parler toute seule)
  • Aller faire un tour dans le jardin: j’ai tondu la pelouse, arracher des montagnes de mauvaises herbes, récolter un kilo de tomates cerise, une courgette énorme, 2 potimarrons. Je suis plutôt fière du potager cette année.
  • Vider la boîte aux lettres et lire tous les prospectus en plus du courrier. J’ai zappé les catalogues « spécial rentrée », je ne suis pas prête.
  • Vider intégralement sa valise, et ranger tout son contenu. Non, cette valise ne trainera pas à moitié vide ou à moitié pleine pendant 2 semaines. Pas cette fois-ci, je ne dois pas m’endormir. J’y ai retrouvé des souvenirs, alors j’ai regardé nos photos en même temps.
  • Après tout ça, risquer fort de s’endormir… Eviter le canapé.
  • Transférer toutes ses photos sur mon ordi. Je vérifierai quand même qu’elles y sont toutes… j’ai dû avoir quelques absences…
  • Passer du temps sur Facebook et sur des sites d’infos. C’est bien de déconnecter, mais c’est important de reprendre contact avec le Monde.
  • Le luxe parfait, c’est de rentrer sans aucune lessive à faire, la lavante et la séchante ayant tourné à Montréal. J’apprécie pleinement.
  • Il reste à retrouver les copains autour d’un apéro. Rapido. Pas sûre de tenir le choc bien longtemps. J’en profite pour laisser ci-dessous mes petits montages quotidiens publiés sur Instagram, Twitter et Facebook.

Si vous avez des trucs en plus, sentez-vous libre de les ajouter, avec vos félicitations sur la qualité des photos!

 

Je me suis reposée avec 4 ado-rables en vacances

En mai dernier, j’ai proposé à Basile de partir en vacances avec des copains cet été. Tous ses frères et soeurs sont en camp scout, pour lui c’est une année « entre 2 ». Quand on a une famille nombreuse, ce n’est pas toujours facile d’emmener les copains des enfants en vacances. Donc on en profite cette année.

A 17 ans, je trouve qu’on est trop jeune pour partir seul avec les copains. Et en même temps, c’est ça qu’on a envie de faire!

Donc je me suis dit que j’allais vous faire partager quelques clés de réussite pour des vacances réussies avec des ados.

Le contrat de départ:

Faire comme s’ils étaient en vacances sans moi, mais je suis là quand même. Ce n’est pas moi qui emmène les ados en vacances. Ils partent en vacances entre eux, et je suis la caution pour que ça se passe au mieux. Je pense que ça rassure aussi les parents des copains, qui ne les auraient pas laissés partir seuls non plus.

Basile a choisi de partir avec ses 3 meilleurs potes. Ils se connaissent depuis la maternelle ou la primaire, mais n’ont jamais eu l’opportunité de partir en vacances ensemble. Ils sont 4, c’est un bon nombre, 4. Tout le monde tient dans la voiture!

Le lieu:

On a choisi de venir dans notre maison de famille en Bretagne, parce que Basile aime ce lieu (et moi aussi). C’est une vraie chance, ça évite de prendre une location. Mais c’est bien qu’il y ait un adulte pour mettre en route la maison.

L’intendance:

Faire comme si je n’étais pas là, ça veut dire qu’ils organisent leurs repas et font la cuisine.  Ils ont fait des menus le premier jour, la liste de courses qui va avec et ils ont choisi de faire un gros plein qui tiendra la semaine, on ne va pas perdre du temps à aller faire des courses tous les jours. J’ai cuisiné une courgette farcie un soir, c’est la caution légumes. Mais c’était varié, et … nourrissant.

« Mam’s, tu préviens si tu ne dines pas là, ok? » J’ai l’impression de m’entendre.

Budget:

Basile a fait un budget avant de partir: transport, participation aux charges de la maison, et alimentation. 100 euros par personne transport compris pour une semaine. Du coup, ils font les comptes à J3 pour voir s’ils sont dans le budget. En alimentation: 5€ par jour et par personne.

Activités:

Ici, on fait du surf et du Morey Boogie dans les vagues, de la marche à pieds (c’est pas très ado comme activité). Une journée Kayak bien physique. Une sortie crêperie, c’est l’extra de la semaine. 

L’alcool:

J’ai accepté de cautionner l’achat d’un pack de bières, ça évite qu’ils dépensent des fortunes dans les bars. Et puis boire une ou 2 bières le soir sur la plage, c’est quand même du bonheur.

Les sorties du soir:

Oui j’autorise les sorties, je ne sais pas très bien à quelle heure ils rentrent… Je dors. Ils refont le monde ensemble, ils ne sont pas du genre à inventer des trucs dangereux, et dans notre coin de presqu’île, les risques de mauvaises rencontres sont… faibles. Ils sont en groupe, plutôt grands et baraqués.

Et en plus:

  • Les amis de Basile sont à son image, faciles à vivre, pleins d’humour, avec un appétit féroce.
  • Les journées des ado-rables ne commencent pas avant 11h00, j’ai donc du temps pour moi, des petits-dej au calme.
  • Ils ont de bons réflexes: passer un coup d’éponge sur la table, débarrasser leur petit-dej, ramasser des fringues qui traînent. Ils ont su profiter de l’éducation qu’ils ont reçue, je le leur ai dit.
  • Ils sont heureux et reconnaissants et ils le disent, ça fait plaisir à chaque fois.
  • Rentrer de la plage, aller se doucher, aller boire un apéro puis se mettre les pieds sous la table, c’est inestimable parce que rarissime.
  • Ils sont autonomes, et plutôt responsables.
  • Je reste fan des ados. C’est une période incroyable à observer, à partager, à accompagner.

 

 

I don’t spend quality time with my kids because there is no such thing. There is only time.

Le temps qui me file entre les doigts,

Il y a les journées qui sont chargées, le boulot qui s’accumule et cette pensée qui ne me quitte pas « C’est infini », même si ça a le mérite de me donner envie d’y retourner le lendemain.

Il y a les enfants qui grandissent, qui prennent de l’autonomie, qui passent de plus en plus de temps avec leurs copains, qui partent en vacances de leur côté, qui partagent leurs vacances entre leur père et moi.

Le temps à passer avec eux se réduit: ils sont moins là, je suis moins disponible qu’avant pour eux. Je prends aussi plus de temps pour moi, parce que ma vie de femme n’est pas qu’une vie de mère. Rien d’illogique ou de surprenant à cela, rien de triste ou de critique, c’est juste la vie, leur vie, ma vie. Mais le temps qui passe est mon ennemi lorsque j’ai l’impression que je ne le maîtrise pas.

Sortie des contraintes imposées par les emplois du temps scolaires, les dates de vacances, les activités extra scolaires, le scoutisme et le temps de sommeil (je rappelle que j’ai au moins 10 ans de sommeil à rattraper de nuits pourries, hachées, écourtées de leur tendre enfance) il reste du temps, un peu.

Du temps à passer avec chacun, individuellement, ou du temps à passer en famille, tous ensemble. Ils aiment ça, ils répondent toujours présent lorsqu’il s’agit d’aller écouter un concert, visiter un salon, marcher en forêt, faire un pique-nique.

Et puis du temps à ne rien faire, construire, produire, apprendre, expliquer, acheter, ranger, manger. Du temps à être ensemble, avec ceux des enfants qui sont là.

Chaque vendredi, lorsqu’ils partent de la maison, je me refais la semaine passée et je me demande si j’aurais pu faire davantage avec eux, ou mieux. Et ça ne sert à rien. Nous avons vécu ce que nous avions à vivre ensemble, dans le temps qui nous était accordé cette semaine là. Et c’était bien comme ça.

Alors je pose ici cette devise tirée d’un article que je mets en lien en cliquant sur cette phrase:

I don’t spend quality time with my kids because there is no such thing.

There is only time.

C’est en anglais, mais une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal, et sinon Google trad is your friend.

Je reviens, promis, dès que j’ai le temps!

 

 

 

Un brin de bonheur #10dumois

C’est parce que je participe au projet #10dumois que ce billet est là, aujourd’hui. Parce qu’on est le 10 du mois et que j’aime l’exercice imposé… auquel je peux déroger (merci Avril)

Je ne suis pas du genre à voir systématiquement le verre à moitié vide, je suis plutôt du genre inverse, parfois à l’extrême: relativiser, rationaliser, tourner en dérision, trouver la dose d’humour nécessaire pour avaler la pilule plus facilement, me dire qu’il y a toujours pire ailleurs, que « demain est un autre jour », que « la nuit porte conseil », « qui dort dîne » et « comme on fait son lit on se couche ».

La totale pour que la charge soit un peu moins lourde à porter, le poids des responsabilités un peu moins pesant sur mes cervicales et mes lombaires.

Ah oui, ma préférée, c’est qu’ « il en faut peu pour être heureux ».

Alors le soir, quand je me couche (oui c’est le meilleur moment de la journée, tous les jours) je ne m’endors pas sans avoir réfléchi non pas au brin de bonheur de la journée, mais aux 3 brins de bonheur. Ces trois trucs qui forcément sont arrivés dans la journée et qui ont rendu la journée plus belle, plus douce, plus heureuse, plus riche, plus drôle, plus soft.

C’est un exercice plus facile certains jours que d’autres… Mais à force de le faire, ce n’est pas un brin, 2 brins, 3 brins mais un bouquet que je m’offre.

Chaque jour.

Et il faut bien un verre à moitié plein pour poser ce bouquet quotidien.

Vie de reste ou reste de vie… de gratin

Moi je suis le reste de gratin de courgettes, j’ai cru avoir eu du bol: j’ai survécu à la razzia qui a été faite sur le reste du plat mardi dernier. Pourtant la recette est exceptionnelle!

Mardi dernier?

Oui mardi dernier… On m’a mis en boite, une boîte un peu vieille, avec un couvercle plutôt hermétique et opaque. Une boîte une portion. On m’a rangé dans le fridge, en tête de gondole, comprenez, devant, pour qu’on me voie dès qu’on ouvre la porte.

Mercredi, j’ai été décalé vers la gauche à cause d’un paquet de tranches de jambon et d’une boîte de lardons prévue la quiche du soir. Finalement c’était soupe chinoise et il en restait un bol qui en arrivant m’a repoussé vers le fond.

Jeudi, quand l’un des ado-rables affamé a ouvert la porte, j’aurais aimé qu’il me voie, qu’il me réchauffe au micro-ondes, 6°c depuis 48 heures, difficile de tenir. J’étais même prêt à me faire recouvrir de ketchup et de râpé pour cacher mon goût de courgettes, j’étais prêt à un mélange avec des pâtes.

L’ado-rable n’avait pas le temps, il s’est fait un sandwich et m’a même recouvert du paquet entamé de tranches de jambon. Il a dû penser que je risquais d’attraper froid ou de dégager des odeurs.

Le bol de soupe chinoise a eu plus de chance que moi. Le soir, vers 22h30, il a fait l’affaire de l’ado-rable et de son petit creux du soir.

Vendredi j’y ai cru quand j’ai vu le sac de courses arriver. J’allais être remise au premier plan. J’ai reconnu la main de Mam’s. Elle a touché ma boîte, elle l’a reniflée et a estimé qu’elle pouvait prolonger mon espérance de vie. Sauf que pour caser le fromage, le kilo de tomates, les escalopes de dinde et la barquette de viande hachée j’ai touché le fond, là où c’est glacial. Au moins je ne bougerais plus.

Samedi, personne n’a ouvert la porte du fridge, sauf pour de l’eau, du lait. Bref, il n’y avait personne à la maison. J’avoue que je me suis senti de plus en plus mal, ratatiné dans ma boîte. J’ai manifesté mon ennui en lâchant un liquide au fond de ma boîte. Comme un torrent de tristesse. Une forme de dépression…

Dimanche, la viande hachée et les tomates se sont retrouvées en sauce bolo, la dinde en sauté au curry. J’ai essayé d’expliquer à la boîte de sauce bolo qui m’a rejointe qu’elle aurait dû insister pour être consommée dès sa cuisson, mais elle m’a regardé avec un air pédant sous son couvercle rose. Elle sait, elle, que l’ado qui passe déjeuner en coup de vent le lendemain lui réglera son sort. Jamais plus de 24h pour la sauce bolo de Mam’s.

Lundi je commençais à nager dans un bain verdâtre et. Quelqu’un m’a vu et a probablement cru trouver là son déjeuner. Je ne dirai pas qui c’est mais quand il a ouvert le couvercle j’ai vu ses narines se déformer, sa bouche se fermer, son coeur s’arrêter ralentir. Cela a duré un instant. il a refermé le couvercle et m’a remis à ma place. Délicatement pour ne pas que je me renverse.

Mardi. Je suis toujours là, j’ai accueilli un certain nombre de bactéries qui s’ébattent dans ma boîte. J’ai été un délicieux gratin de courgettes. J’en témoigne aujourd’hui parce que je pense que lorsqu’on me retrouvera et qu’on me jettera dans le compost, on ne ne souviendra plus qui j’étais…

Vu le dernier sac que Mam’s a rangé dans le fridge, je suis prêt à prendre les paris que je laisserai ma place à une portion de gratin de chou-fleur.

 

Auto-analyse cérébrale (si si il y a un jeu de mots)

Il y a mon côté « raisonné »: la voiture est devenue trop grande, elle a encore un peu de valeur, je dois lui faire passer le contrôle technique et faire des réparations, je pourrai essayer de la vendre, et si je n’y arrive pas, je la garderai, je vais y réfléchir … On verra bien d’ici l’été.

Il y a mon côté « impulsif »: Et si je mettais une annonce avant même de la faire réparer, histoire de voir si j’ai des appels, et puis 1000 euros plus haut que sa valeur Argus, pour avoir un peu de marge de négociation.

Il y a mon côté « décidé »: Hop, 2 photos devant la maison, 1 annonce sur le Bon coin. 1 descriptif copier-coller un peu personnalisé. Publié.

Il y a mon côté « stressé »: Et si je me fais avoir par un client malhonnête, ou une banque foireuse. Et les clients vont savoir où j’habite en venant voir la voiture. Et on part dans une semaine en vacances, c’est un peu risqué. Et si le garagiste trouve d’autres défauts sur la voiture. Et le surf, on va le mettre où?

48 heures après avoir mis l’annonce, un client me verse un acompte cash. Il est pressé, la voiture n’est même pas encore réparée.

Il y a mon côté « coincé »: c’est malin, elle est vendue, elle sera payée mercredi. Mercredi soir je serai à pieds. Paris-Morgat à pieds samedi prochain, c’est osé.

Il y a mon côté « faut y aller »: je vois une annonce, je vois une voiture, je vois un client, je suis décidée.

Il y a mon côté « soulagée »: Tout s’est bien passé, L’Expert est vendu, la 5008 est garée devant la maison, une nouvelle aventure commence…

J’ai un côté « fatiguée », aussi.

Cette vidéo, c’est cadeau, je ne m’en lasse pas, comme de mes Peugeot